Quelle lien entre amour et affection ? amour et caprice ?
Question : Peut-on qualifier l’amour de simple engouement passager et l’affection de véritable sentiment ?
Réponse : L’amour et l’affection sont la même chose. L’affection, c’est l’inclination du cœur vers ce dont il prend plaisir. Quand l’affection est intense, on l’appelle amour. Aimer, c’est suivre l’aimé sans rien attendre en retour, lui obéir, considérer que tout ce qu’il fait est beau, trouver plus douce que tout bienfait l’épreuve venant de lui, et tenir pour amis ses amis et pour ennemis ses ennemis. C’est ce qu’on appelle aussi hubb fî-llâh et bughd fî-llâh (aimer et détester pour Allah). Seul l’amour pour Allah a une véritable valeur.
On appelle à tort « amour » ou « affection » les désirs sensuels et bestiaux de l’âme charnelle, cet engouement passager. Cela provoque une confusion des notions.
- L’envie passagère est ignominie, l’amour est vertu.
- L’envie passagère empêche de dormir, l’amour, lui, n’oublie pas.
- L’envie passagère bouleverse la raison, l’amour, avec la raison, va droit au but.
- L’envie passagère tend des pièges, dans l’amour tout est à découvert.
- L’envie passagère se jette à l’aveugle, l’amour atteint le but sacré.
- L’envie passagère change souvent d’amant ; l’amour ne sépare pas, il unit.
- L’envie passagère ôte la chasteté ; l’amour s’épanouit dans la chasteté.
- L’envie passagère engourdit, provoque des rencontres secrètes ; l’amour apaise la sensualité.
- L’envie passagère ébranle la confiance et trompe ; l’amour inspire la confiance.
- L’envie passagère hume une fleur, s’en rassasie puis en cherche une autre ; l’amour arrose la fleur, la fait grandir et élève l’homme.
- L’envie passagère passe, devient mensonge, pique comme un serpent ; l’amour est vrai, cherche et trouve, et protège du danger.
- L’envie passagère dure peu, l’amour dure toute la vie.
- L’envie passagère trompe, oppresse ; l’amour apaise.
- L’envie passagère répand la haine, l’amour ouvre les bras.
- L’envie passagère est un affamé insatiable, l’amour est un remède au mal.
- L’envie passagère est hypocrite, ostentation ; l’amour, c’est la sincérité.
- L’envie passagère écrase et passe, se cherche une nouvelle proie ; l’amour protège et accompagne.
- L’envie passagère ne voit que le court terme ; la visée de l’amour va jusqu’à l’infini.
- L’envie passagère est éphémère, sélective ; l’amour est durable et gagne les cœurs.
- L’envie passagère s’emporte, frappe ; l’amour demeure sage.
L’envie passagère fait d’un sultan un esclave, tandis que l’amour fait d’un esclave un sultan. Dame Zuleykha a sacrifié toute sa fortune pour son amour. Elle jetait de l’or à qui disait : « J’ai vu Yûsuf (Joseph). » Après avoir épousé notre maître Yûsuf, elle ne se rendit pas auprès de lui : « L’amour de mon Seigneur me suffit ! » dit-elle. Elle avait atteint le véritable amour.
Allah Très-Haut aime immensément Son Messager — pour ainsi dire, Il en est épris — et Il a dit : « Ô Mon Messager, J’ai pris le prophète Ibrâhîm (Abraham) pour khalîl [ami intime], et toi Je t’ai pris pour habîb [Bien-Aimé, aimé] » [Mawâhib al-ladunniyya]. Dans le Mawlid, on lit aussi : « Mon Bien-Aimé, Je suis épris de toi. »
À quoi ressemble cet amour ? À un soleil qui ne s’éteint pas. Un cœur sans amour Ressemble à une pierre incassable.
Dire son amour
Question : En se conformant au hadith « Que celui qui aime quelqu’un le lui dise », si nous aimons une fille ou une femme, devons-nous le lui dire ?
Réponse : Il n’est pas ici question d’un amour charnel. Il s’agit de l’amour pour Allah entre personnes du même sexe. Un autre hadith va dans ce sens :
« Que celui qui aime son frère en religion aille chez lui et lui dise : “Je t’aime pour Allah.” » [Ahmad ibn Hanbal]
Même si un homme aime une femme – ou une femme un homme – pour l’agrément d’Allah, il n’est pas correct de le lui dire en face. Cet amour risquerait de se transformer en amour charnel. C’est pourquoi notre religion interdit même à un homme étranger et à une femme étrangère de se faire mutuellement des invocations (du'a) ou de se saluer en face à face, car le salam est aussi une invocation. En priant pour une personne de l’autre sexe, on pourrait lui faire penser : « Il/elle m’aime, puisqu’il/elle prie pour moi. » Pour éviter cela, notre religion a proscrit, sans nécessité, de parler avec les non-mahram, de dire « bonjour », « bonne journée », de se saluer, de faire des invocations en face (« Qu’Allah t’agrée »), voire de remercier.
Bien sûr, il y a des exceptions : répondre au salam d’une femme au téléphone ou lorsqu’elle entre dans notre boutique, et parler autant que le besoin l’exige, n’est pas péché.