Que signifient aimer pour Allah et détester pour Allah ? 2/2

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25 oct. 2025
Mouaz Ibn Jebel
Writer

Celui qui aime sera avec ceux qu’il aime

Question : Lorsqu’une personne aime un groupe, devient-elle comme eux et sera-t-elle avec eux dans l’au-delà ?

Réponse : Quand quelqu’un aime un groupe, trois cas se présentent :

  1. Il a acquis toutes leurs œuvres et leurs qualités morales.
  2. Il n’en a acquis aucune.
  3. Il en a adopté quelques-unes, mais pas les autres, voire a fait le contraire de certaines.

— Celui qui parvient à tout faire comme eux fait partie d’eux et sera avec eux. Son amour l’a rendu entièrement semblable à eux : il a atteint le degré le plus élevé de l’affection.

— Celui qui ne leur ressemble en rien et ne les suit pas du tout ne peut pas être des leurs. Son amour n’est que verbal, il n’entre pas dans le cœur ; un tel « amour » n’en est pas un.

— Quant à celui qui n’imite que quelques actes : s’il ne les suit pas dans la foi, il n’est pas des leurs ; dire « je les aime » n’est pas juste — en réalité, son cœur nourrit de l’hostilité à leur égard. Il n’est pas de pire inimitié que l’inimitié envers la religion. C’est ainsi que les Juifs et les Chrétiens disent « nous aimons nos prophètes », mais…

Si une personne ne croit pas comme eux et ne les suit pas pleinement dans les adorations parce qu’elle les déprécie, sa déclaration d’amour ne sert à rien : elle ne sera pas avec eux.

En revanche, si elle n’y parvient pas parce qu’elle n’en a pas la force ou ne domine pas son ego, cela n’empêche pas d’être avec eux. Les hadiths visent ce deuxième cas : « celui qui aime un groupe mais ne peut pas être totalement comme eux ». Le hadith rapporté par Abû Dharr l’indique clairement.

Ne pas aimer, ce n’est pas faire du mal

Question : Ne pas aimer les négateurs et ceux qui commettent des péchés ouvertement signifie-t-il leur faire du tort et les maltraiter ?

Réponse : Tout musulman doit à la fois s’efforcer de préserver sa foi — ne pas la laisser lui échapper — et ne pas aimer ceux qui ne croient pas en Allah Très-Haut et en Son Messager. Cependant, il ne faut pas pour autant faire du tort ni commettre d’injustice envers ceux qu’on n’aime pas ; il convient au contraire de conseiller avec douceur et bienveillance les mécréants et les adeptes de l’innovation, et de travailler à les sauver du malheur et à les conduire au bonheur.

Mazhar-i Jân-i Jânân a dit : « Il nous a été ordonné de ne pas aimer les mécréants, les gens de l’innovation et les dévoyés qui persistent à commettre ouvertement des péchés. Il ne faut ni leur parler, ni se rendre chez eux ou à leurs réunions, ni les saluer, ni se lier d’amitié avec eux. En cas de nécessité ou de besoin, une dérogation est accordée à hauteur de la nécessité : alors, il devient permis d’échanger avec eux, mais le cœur doit malgré tout ne pas les aimer. »

Se fâcher / se montrer vexé pour Allah

Question : Est-il, du point de vue de notre religion, approprié de garder ses distances et de se fâcher contre ceux qui commettent des péchés ?

Réponse Le hijr signifie s’abstenir, rompre l’amitié, se tenir à l’écart, être fâché. Vis-à-vis de celui qui commet un péché, pratiquer le hijr avec l’intention que cela lui serve d’exhortation est licite, voire recommandé (mustahabb). Cet état est une colère « pour Allah ». Dans un hadith, il est dit :

 « Les œuvres, les actes d’adoration les plus précieux sont l’amour pour Allah (*hubb fillah*) et le fait de ne pas aimer pour Allah (*bugd fillah*). » *Hubb fillah* signifie aimer pour Allah Très-Haut ; *bugd fillah* signifie ne pas aimer, se montrer fâché pour Allah.

Allah Très-Haut dit à Moïse (sur lui la paix) : — « Qu’as-tu fait pour Moi ? » Il répondit : — « Ô Seigneur, j’ai accompli la prière pour Toi, j’ai jeûné, j’ai donné l’aumône légale (zakât), j’ai beaucoup fait Ton rappel (dhikr). » Allah Très-Haut dit alors : — « La prière est pour toi une preuve et te préserve des mauvaises actions. Le jeûne est un bouclier qui te protège du feu de l’Enfer. La zakât t’offrira de l’ombre sur l’aire du Jugement et te donnera du réconfort. Le dhikr te sauvera des ténèbres ce jour-là et te donnera une lumière. Qu’as-tu fait pour Moi ? »

Moïse supplia : — « Ô Seigneur ! Fais-moi savoir quelle est l’œuvre qui est pour Toi. » Il répondit : — « Ô Moïse ! As-tu aimé Mes amis et t’es-tu coupé de Mes ennemis ? » Moïse (sur lui la paix) comprit alors que l’acte d’adoration le plus aimé d’Allah est hubb fillah et bugd fillah.

Il est licite de pratiquer le hijr (se tenir à distance, rompre les liens) longtemps envers celui qui commet des péchés ou des fautes. Il est notoire que l’imam Ahmad ibn Hanbal a rompu avec son oncle et les fils de celui-ci parce qu’ils avaient accepté un cadeau dont on savait qu’il provenait de l’illicite (haram). Le Messager d’Allah a également pratiqué le hijr à l’égard de trois personnes qui ne s’étaient pas présentées à l’expédition de Tabûk.

Les bons aiment les bons, les mauvais aiment les mauvais

Question : Chaque personne aime-t-elle et peut-elle se lier d’amitié avec ceux qui correspondent à sa propre nature (disposition innée) ?

Réponse : Dans un hadith, il est dit : « Chacun aime celui qui lui fait du bien. Cet amour existe dans la nature, dans la disposition innée de l’être humain. » Celui qui est enclin à son nafs (ego) aime ceux qui l’aident à satisfaire ses désirs. Celui qui possède raison et science aime ceux qui l’aident à devenir un homme civilisé. En bref, les bons aiment les bons. Les mauvais, eux, aiment les mauvais. On peut connaître la valeur d’une personne en regardant ceux qu’elle aime et ses amis.

Question : Peut-on nourrir de l’affection pour les auteurs d’innovations (bid'a), ceux qui introduisent des changements dans notre religion ?

Réponse : Notre religion ordonne de ne pas aimer les gens de l’innovation (bid'a) et de les tenir pour peu. Il est illicite (haram) de leur témoigner du respect. Dans le livre Sharh al-Maqasid, il est dit : « Il faut ne pas aimer les partisans de l’innovation, les rabaisser et les rejeter. » Et dans un hadith :

 « Celui qui honore l’auteur d’une innovation, qui loue leurs vivants et leurs morts et les tient pour grands, a aidé à saper la religion de l’islam et à l’éradiquer du monde. »

Question : Être hostile au savoir religieux et aux savants de l’islam met-il la foi d’une personne en danger ?

Réponse : Se moquer des sciences islamiques et des savants de l’islam relève de la mécréance et fait perdre la foi. Celui qui insulte ou dénigre un savant de l’islam perd également sa foi et devient mécréant, apostat. S’agissant d’une personne reconnue comme savant, il convient de ne pas l’aimer en raison de sa perversité (fisk), de ses péchés ou de ses innovations (bid'a). Ne pas aimer les savants de l’islam pour des motifs mondains est un péché. Il en va de même pour le fait de ne pas aimer les vertueux (les pieux). Dans les hadiths :

Trois choses accroissent la saveur de la foi : aimer Allah Très-Haut et Son Messager plus que toute chose ; aimer, pour l’agrément d’Allah, le musulman qui ne t’aime pas ; ne pas aimer les ennemis d’Allah Très-Haut. Et : « L’acte d’adoration le plus précieux est l’amour pour Allah (hubb fillah) et le désamour pour Allah (bugd fillah). »

Il faut aimer davantage le croyant dont les actes d’adoration sont nombreux que celui qui en accomplit peu. Il faut éprouver une plus grande aversion pour les mécréants dont la rébellion est plus grande, qui propagent l’impiété et la débauche. Et, au premier rang de ceux envers qui l’on doit nourrir de l’hostilité pour Allah se trouve le nafs (l’âme charnelle) de l’homme lui-même.

Aimer signifie se trouver sur leur voie. Le signe de la foi, c’est le hubb fillah et le bugd fillah. Dans un hadith :

Il est dit : “Il est des serviteurs d’Allah Très-Haut qui ne sont pas des prophètes. Les prophètes et les martyrs les envieront au Jour de la Résurrection. Ce sont des croyants qui s’aiment pour Allah tout en ne se connaissant pas et en vivant en des lieux éloignés.”

Et dans un autre hadith :

Il a été dit : “L’homme sera, dans l’au-delà, avec celui qu’il aime.” S’il ne suit pas sa voie, son amour n’est pas authentique.

Les juifs et les chrétiens disent qu’ils aiment leurs prophètes. Cependant, comme ils ne suivent pas leur voie et se trouvent sur une voie erronée qu’ils ont inventée, ils ne seront pas aux côtés de leurs prophètes dans l’au-delà.

Les âmes élevées attirent vers le haut les âmes qu’elles aiment. Les âmes basses, elles, tirent vers le bas. L’homme devrait comprendre, à partir de l’état de ceux qu’il a aimés ici-bas, où ira son âme après sa mort.

L’homme aime autrui par nature, par raison, en raison des bienfaits qu’il en a reçus, ou pour l’agrément d’Allah Très-Haut. De même que, ici-bas, les âmes de ceux qui s’aiment s’attirent, elles s’attireront aussi au Jour de la Résurrection. Celui qui aime les mécréants ira en Enfer avec eux. Il n’est pas en notre pouvoir de ne pas suivre celui qu’on aime. Le signe le plus fort de l’amour est d’aimer ce que l’être aimé aime et de ne pas aimer ce qu’il n’aime pas.

25 oct. 2025
Mouaz Ibn Jebel
Writer
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