Que signifie ce qu’on appelle “les Trois, les Sept, les Quarante” ? Pourriez-vous analyser...

Que signifie ce qu’on appelle “les Trois, les Sept, les Quarante” ? Pourriez-vous analyser cette hiérarchie en lien avec la question du shirk (l’associationnisme) ? Ce sujet se trouve-t-il dans des sources authentiques (sahih) ?

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28 nov. 2025
Mouaz Ibn Jebel
Writer

Cher frère / chère sœur,

Dans les récits de hadiths, on trouve des informations à ce sujet :

 « Les *Abdâl* de cette communauté sont au nombre de trente. Ils sont tous semblables au *Khalîl ar-Rahmân* (c’est-à-dire qu’ils sont très sincères dans leur amour et leur amitié pour Allah). Chaque fois que l’un d’entre eux meurt, Allah le remplace par un autre. » (Mecmau’z-Zawâid, X/62)

Un autre récit est ainsi rapporté : Lorsque notre maître ‘Alî (ra) se trouvait en Irak, un jour on parla, en sa présence, des habitants de Sham (la région de Damas). Certains lui demandèrent de les maudire. Alors ‘Alî (ra) dit qu’il avait entendu du Messager d’Allah (sas) les paroles suivantes :

« Les Abdâl sont quarante hommes qui résident à Sham. C’est grâce à eux que la pluie tombe, c’est grâce à eux que la victoire est accordée contre l’ennemi, et c’est grâce à eux que le châtiment est écarté des gens de Sham. » (Ahmad b. Hanbal, I/112)

Ces récits ont été considérés comme authentiques par les spécialistes du hadith (cf. ‘Awn al-Ma‘bûd, commentaire du hadith correspondant chez Abû Dâwûd).

Le terme Abdâl vient du fait que, lorsque l’un d’eux meurt, un autre est amené à sa place – en guise de « remplaçant » (badal) – et c’est pour cela qu’on les appelle ainsi. ( ‘Awn al-Ma‘bûd, VI/467 – Shâmila ).

Dans la terminologie spirituelle, Abdâl désigne des saints totalement purifiés, qui se sont entièrement détachés de leurs désirs égoïstes.

À ce sujet, parmi les ouvrages des Kutub as-Sitta (les six grands recueils de hadiths), seule l’œuvre d’Abû Dâwûd mentionne l’expression « les Abdâl de Sham » (Abû Dâwûd, chapitre sur le Mahdî, 1).

L’existence de ces groupes (de saints) semble être connue surtout sur la base d’expériences de dévoilement spirituel.

Il n’y a pas une chose comme « les mondes spirituels sont administrés par les saints ». Car, dans les mondes spirituels aussi, la plupart des événements qui s’y déroulent, tout comme dans le monde matériel, sont des événements qui ont besoin d’être créés. Or créer n’appartient qu’à Allah seul.

Le groupe de quarante personnes formé par les Abdâl constitue une petite organisation spirituelle ; pour cette raison, dans un certain ordre hiérarchique, il leur est possible de se connaître mutuellement. Sur ce point, ils ne ressemblent pas aux Compagnons, qui n’étaient pas organisés dans un tel système structuré.

En général, le terme de « tasarruf » (pouvoir d’agir, d’influencer) attribué à certains saints ne signifie jamais « créer ». De l’expression du hadith cité plus haut, qui dit d’une manière parfaitement correcte :

 « C’est grâce à eux que la pluie est envoyée, c’est grâce à eux que la victoire est accordée »

nous comprenons ceci :

De même qu’Allah accepte les bons actes comme intercesseurs, Il accepte aussi leurs auteurs comme intercesseurs. Il existe des hadiths authentiques concernant « les trois compagnons de la grotte qui ont été sauvés en prenant leurs bonnes œuvres comme moyen d’intercession ». (cf. al-Bukhârî, Anbiyâ’, 53 ; Buyû‘, 98 ; Muslim, Dhikr, 100).

Comme nous l’avons déjà indiqué plus haut, le tasarruf des saints concerne des choses qui n’ont rien à voir avec l’acte de créer. Par leurs supplications à Allah, certains événements peuvent se produire ; par la permission et l’assistance d’Allah, ils peuvent aider ceux qu’Il aime et les protéger.

De même que l’existence des anges protecteurs, attestée par le Coran, n’implique aucun shirk (associationnisme) à l’égard d’Allah, de même la protection et la garde assurées par les saints – qui sont comme une sorte d’« anges de l’humanité » – ne signifie pas non plus du shirk.

Le pluriel de bedel, « budala' », est connu parmi les soufis comme le titre particulier commun à sept personnages importants parmi les rijâlullâh (les hommes de Dieu). Ceux-ci, parfois, pratiquent le “tayy al-makan” (le “pliement de l’espace”), et parfois, par le secret de la luminosité spirituelle, peuvent se trouver en un instant en différents lieux. On ne sait pas clairement si ces déplacements et ces présences sont le reflet de doubles et de corps imaginaux, ou bien s’il s’agit du corps lui-même qui effectue ce « tayy al-makan ».

En réalité, il arrive que les budala' eux-mêmes ne se rendent même pas compte d’un tel déplacement mystérieux. L’auteur des Futûhât al-Makkiyya mentionne que les büdelâ sont au nombre de sept et formule à peu près l’avis suivant : les büdelâ sont les surveillants des actes divins du Très-Haut dans sept climats / régions distincts.

Ceux-ci contemplent les manifestations sublimes du Très-Haut et, du point de vue de l’horizon humain, apparaissent à la fois comme des voiles devant ces actes et comme ceux qui les applaudissent. Ils sont tous d’orientation uweysienne ; par conséquent, il n’est pas question qu’ils entrent dans le cercle d’orientation spirituelle d’un quelconque maître spirituel.

Selon les soufis, les abdâl sont des hommes de vérité qui ont atteint le degré de la sainteté et qui, bien souvent, se consacrent aux bonnes œuvres sans apparaître ni être connus. Et ceux-ci forment deux groupes distincts :

Du point de vue du premier groupe, les abdâl sont les hommes de vérité qui se sont débarrassés de tous les mauvais traits, ont transformé leurs défauts moraux en qualités louables et sont devenus les compagnons assidus de la catégorie des bienheureux qui se dressent contre toute forme de perdition…

Pour le deuxième groupe, le terme désigne aussi les personnes parmi les awliyâullah (les amis de Dieu) qui ont une mission précise et sont en nombre déterminé, comme les trois-cents, les quarante, les sept, etc. Que leur nombre soit quarante, sept, plus ou moins, n’a en réalité aucune importance ; ce qui compte, ce sont leur rang auprès de Dieu, leur dignité spirituelle, leurs fonctions et leurs caractéristiques.

Lorsqu’un des abdâl décède, la place laissée vacante est immédiatement remplie par quelqu’un venant du rang inférieur. Quand l’un d’eux souhaite s’éloigner de son poste en raison d’un certain service, soit il s’en va avec son double, tout en restant lui-même présent là où il est, soit il part lui-même et laisse son double comme remplaçant à sa place.

Il est utile de rappeler qu’en parapsychologie, on rapporte des choses similaires à propos du périsprit ou du double de l’être humain… Mais comme cela sort de notre sujet, nous n’y toucherons pas pour l’instant.

Certains considèrent les awtâd (les “piliers”), les deux imams et le qutb comme un niveau totalement distinct et supérieur, et voient les abdâl comme des gens de “hal” (état spirituel) et les seconds (qutb, awtâd, etc.) comme des détenteurs de station spirituelle.

Ils considèrent les premiers comme des voyageurs du chemin “sayr ilallah” (marche vers Allah), et les seconds comme ceux qui sont parvenus aux stations de “sayr fillah” (progression en Allah) et “sayr ‘anillah” (retour à la création à partir d’Allah).

Avec salutations et prières…

L'Oasis

28 nov. 2025
Mouaz Ibn Jebel
Writer
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