Quelle est la position de notre religion concernant l’écoute de la musique ?

Il y a certains chants religieux et mélodies qui parfois ressemblent à de la musique mondaine… Écouter de la musique étrangère, est-ce un péché ? Écouter, chanter et faire écouter des anashid, y a-t-il un inconvénient ? Écouter des anashid accompagnés d’instruments de musique, est-ce haram ?

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3 déc. 2025
Mouaz Ibn Jebel
Writer

Cher frère, chère sœur,

Notre critère général au sujet de la musique peut se résumer ainsi :

« Du point de vue de la sharî‘a, certains sons sont licites (halâl), d’autres sont illicites (harâm). En effet, les sons qui éveillent des tristesses nobles, des amours divines (qui rappellent Allah) sont licites. Ceux qui excitent des tristesses orphelines (désespérées), des passions charnelles sont illicites. Quant à la partie que la sharî‘a n’a pas déterminée explicitement, son jugement dépend de l’effet qu’elle produit sur ton âme (rûh) et ta conscience (vicdân). » (Les Signes de l’inimitabilité (miraculeuse du Coran), p. 78 ; Les Paroles, p. 382, 687-688)

En musique, on utilise deux types de sons : la voix humaine et le son des instruments. Lorsqu’une œuvre est exécutée, on peut utiliser soit la seule voix humaine, soit uniquement des instruments, soit les deux à la fois. Dans les trois cas, il s’agit de sons mesurés, selon un certain maqâm, qui plaisent à l’oreille, dont l’homme tire une certaine jouissance et dont il subit l’influence.

Ces sons sont jugés selon leur nature, leur sujet et leur effet. Soit ils agissent sur l’âme de l’homme en réveillant en lui des sentiments élevés, religieux, héroïques, soit la pièce musicale qu’il écoute s’adresse à son ego (nafs) et à ses penchants bas, en émoussant et affaiblissant ses sentiments nobles.

Comme on le voit clairement dans les phrases ci-dessus, le son légitime, qu’il n’y a pas de problème à écouter, est celui qui rappelle à l’homme des tristesses nobles, c’est-à-dire :

  • la fugacité de ce monde,
  • le fait que la mort peut venir à tout moment,
  • que l’homme deviendra un jour poussière,
  • la crainte d’Allah,

ou bien celui qui rappelle :

  • l’amour divin,
  • l’amour d’Allah,
  • les manifestations des Noms et des Attributs sublimes de Dieu dans les belles œuvres d’art qu’Il a déployées sur la terre.

Écouter tout son qui éveille de tels sentiments est licite (halâl) et permise (caiz).

En revanche, les sons qui éveillent des tristesses orphelines : qui jettent l’homme dans le désespoir, qui lui rappellent douloureusement la séparation d’avec les êtres et les bienfaits qu’il aime, qui le poussent au pessimisme et au noir total, qui s’adressent à ses désirs charnels, qui plaisent à son nafs quand il les écoute, ces sons-là sont illicites (harâm) et il n’est pas permis de les écouter.

Il existe aussi des sons qui n’entrent clairement dans aucune de ces deux catégories, et dont le jugement varie d’une personne à l’autre.

Par exemple, deux personnes écoutent la même pièce musicale : l’une en retire un sentiment lié aux passions, tandis que l’autre y trouve un sens plus élevé et spirituel.

Par exemple, pour le morceau : « Une neige très fine commence à tomber, elle poudroie en faisant “elif, elif”. Ce cœur fou est devenu abdal, il erre en répétant “elif, elif”. »

Parmi ceux qui l’écoutent avec un accompagnement musical, l’un, en entendant le mot “elif”, se souvient d’Allah et pense à l’amour divin, tandis qu’un autre, en ne regardant que le sens apparent, se rappelle d’une femme à travers “elif” et pense à un amour métaphorique / mondain.

Autre exemple : le poème de Yunus Emre

 « Ton amour m’a enlevé à moi-même, Ce qu’il me faut, c’est Toi, seulement Toi.

 Je brûle nuit et jour, Ce qu’il me faut, c’est Toi, seulement Toi.

 Que je boive au vin de Ton amour, Que je devienne majnûn et m’enfonce dans la montagne.

 Tu es mon souci nuit et jour, Ce qu’il me faut, c’est Toi, seulement Toi. »

Aujourd’hui, ce poème est chanté à la fois comme anashid et comme musique. Ainsi, tandis que l’un, en entendant le mot “amour”, pense à l’amour divin, l’autre, en ne considérant que le sens extérieur, se rappelle un amour métaphorique / humain.

L’imam al-Ghazâlî (qu’Allah lui fasse miséricorde), dans l’Ihyâ (II/279-281), étudie la musique en trois grandes catégories : haram, makruh et mubâh, et il dit en substance :

Pour les personnes remplies de désir du monde et de sentiments de convoitise, seuls les sons qui excitent ces penchants sont haram.

Pour celui qui consacre la plupart de son temps à cela, qui en fait une occupation habituelle, c’est makrûh.

Pour celui qui est rempli d’amour pour Allah, et chez qui les belles voix n’éveillent que de belles qualités, c’est mustahab (recommandé).

L’imam Ghazâlî explique ensuite que ce qui rend la musique haram, ce n’est pas la musique en elle-même, mais certaines causes qui viennent s’y ajouter. Il les classe ainsi :

  • Si celle qui chante est une femme, et que l’auditeur craint que la voix de la femme n’éveille en lui le désir, alors il est haram d’écouter. Ici, le statut d’interdiction ne vient pas de la musique, mais de la voix de la femme.

  • Si les paroles du chant ou de la chanson sont corrompues, contraires à la croyance et à la morale islamiques, il est haram de les chanter ou de les écouter, avec ou sans musique.

  • Si, en raison de sa jeunesse, une personne est dominée par ses désirs charnels, s’attache de façon excessive à la musique et passe la plupart de son temps dans ce domaine, elle devient débauchée, frivole.

Avec salutations et prières...

L'Oasis

3 déc. 2025
Mouaz Ibn Jebel
Writer
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