Quel âge avait notre mère Aïcha lorsqu’elle a épousé notre Prophète ?
Existe-t-il un hadith selon lequel ce mariage a eu lieu à l’âge de neuf ans ?
Cher frère,
Dix ans après le début de la mission prophétique, alors qu’il avait cinquante ans, notre Prophète (que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur lui) perdit son épouse Khadîdja. Il avait alors besoin d’épouses qui l’aideraient à la fois dans les travaux de la maison et dans la prise en charge de ses enfants, mais aussi qui le soutiendraient dans l’activité d’appel à l’Islam. C’est pour cela qu’il demanda en mariage, d’un côté, Sawda, une femme âgée et veuve, et de l’autre, Aïcha, la fille de son plus proche compagnon, Abû Bakr.
Cette demande du Prophète eut lieu dix ans après le début de la révélation. Aïcha était née cinq ou six ans avant le début de la révélation. Il en résulte que l’âge d’Aïcha au moment de son mariage avec le Prophète devait être de dix-sept ou dix-huit ans.
Ce sujet est traité plus en détail dans le livre de Mawlânâ Shiblî, Asr as-Saadet (Istanbul, 1928, vol. 2, p. 997).
Nous comprenons de façon certaine qu’Aïcha était plus âgée au moment de son mariage grâce à la biographie de sa sœur Asmâ. Les anciens ouvrages biographiques, lorsqu’ils parlent d’Asmâ, disent que :
« Asmâ est décédée à l’âge de cent ans, en l’an **73 de l’Hégire. Au moment de l’Hégire, elle avait vingt-sept ans. Aïcha, qu’Allah soit satisfait d’elle, étant plus jeune que sa sœur de dix ans, il en découle qu’au moment de l’Hégire elle devait avoir exactement dix-sept ans. De plus, avant le Prophète, Aïcha avait été fiancée à Jubayr. Cela montre qu’elle était une jeune fille en âge de se marier. » (Mohammed le dernier des prophètes et sa vie, Ali Himmet Berki, Osman Keskioglu, p. 210)
Pour des informations plus détaillées sur ce sujet, nous vous recommandons également de lire les explications ci-dessous.
Les récits selon lesquels notre mère Aïcha aurait été fiancée à l’âge de six ou sept ans, puis mariée à dix ans,(1) ont jusqu’à aujourd’hui constitué le facteur principal dans la formation de l’opinion concernant son âge au mariage. Dans la consolidation de cette opinion, il ne faut pas oublier que des éléments comme :
- la grande fréquence des mariages précoces à cette époque,
- l’achèvement plus rapide du développement physique des enfants sous l’effet des conditions géographiques,
ont aussi joué un rôle déterminant. C’est pourquoi, jusqu’à une époque très récente, cette question n’a pratiquement jamais été évoquée ni discutée.
Aujourd’hui, cette question est mise en avant par ceux qui ne tiennent pas compte des conditions de l’époque et qui étudient l’Islam « de l’extérieur ». Ils abordent le sujet selon leur propre point de vue et le critiquent. La réaction du monde islamique face à cette attitude n’est pas uniforme :
- une partie insiste sur la nécessité d’accepter la chose telle qu’elle est rapportée,(2)
- tandis qu’une autre, plus réduite, affirme qu’au moment de son mariage, notre mère Aïcha était d’un âge plus mûr.(3)
Il est également vrai que, dans le feu de ces polémiques où les réactions réciproques se font fortement sentir, l’équilibre n’est pas toujours préservé :
- en voulant répondre aux critiques, certains en viennent à ignorer les récits en question,
- tandis qu’en réaction à cette attitude, d’autres tombent dans l’erreur inverse qui consiste à négliger les autres possibilités.
Comme on le sait, chacun est l’enfant de son époque, et doit être jugé par les générations suivantes en tenant compte de la culture de son temps.
Les sociétés s’orientent selon les coutumes (‘urf’) nées de leur capital d’expérience commun, et là où celles-ci ne sont pas prises en considération, il devient très difficile, voire impossible, de parler de justesse dans les jugements portés sur cette société.
Lorsqu’on considère la question sous cet angle, il est établi qu’à l’époque où le Messager de Dieu est apparu, les filles étaient mariées tôt(4) et que, dans ce genre de mariage, la différence d’âge n’était guère prise en compte.(5) On peut également dire que :
- l’attitude négative adoptée par la société de l’époque à l’égard des filles,
- ainsi que la pression qu’elle exerçait sur les familles,
ont alimenté cette manière de voir.
Il ne faut pas oublier non plus que, du fait de conditions climatiques et géographiques favorables, les enfants achevaient plus tôt leur développement physique, et que les filles étaient considérées comme des êtres qui devaient grandir dans la maison de leur mari.
D’ailleurs, ce n’est pas seulement une question liée aux filles ; si l’on regarde les pratiques de l’époque, on comprend que les garçons aussi étaient mariés à un âge précoce. Par exemple, l’écart d’âge entre Amr ibn Âs et son fils, notre maître ‘Abdallah, n’est que de douze ans ; dans ce cas, Amr a dû se marier alors qu’il n’avait que neuf ou dix ans. (6)
À partir de ces éléments, on peut dire que, même si notre mère Aïcha s’était mariée à l’âge de neuf ans, il n’y aurait là rien de surprenant. Si un tel point avait constitué un problème, il serait impensable que :
- ceux qui voulurent déclencher une tempête au sujet de son mariage avec notre mère Zeynab,
- ou ceux qui, au retour de l’expédition de Banû Mustaliq, portèrent contre notre mère Aïcha une calomnie en un lieu et un moment totalement inattendus,
n’aient pas exploité une question qui, de leur point de vue, était d’une telle importance. Quelle que soit la conclusion à laquelle on parvienne, ce seul fait possède une force suffisante pour prouver qu’il n’y avait rien de négatif dans le mariage de notre mère Aïcha. Alors, quelle est en réalité la situation ? Les informations ci-dessus sont-elles la seule alternative pour la détermination de l’âge ?
Pour pouvoir répondre à ces questions, il faut bien sûr entr’ouvrir la porte de cette époque et, en franchissant cette porte, examiner la question à la lumière des preuves. Si vous le voulez bien, regardons ensemble ce que les preuves mises au jour signifient pour nous :
1. Aux premiers jours de la mission prophétique (Risâla), lorsque l’on énumère les noms de ceux qui sont devenus musulmans, on cite, avec sa sœur aînée Asmâ, notre mère, également le nom de notre mère Âïcha. Ce qui est frappant, c’est que cette mention intervienne juste après les tout premiers appelés que l’on désigne par l’expression « Sâbikûn al-Awwalûn » (les tout premiers à croire), comme ‘Uthmân, Zubayr ibn ‘Awwâm, ‘Abd al-Rahmân ibn ‘Awf, Sa‘d ibn Abî Waqqâs, Talha ibn ‘Ubaydullah, Abû ‘Ubayda ibn al-Jarrâh et Arqam ibn Abî’l-Arqam, et avant des noms tels que ‘Abdullah ibn Mas‘ûd, Ja‘far ibn Abî Tâlib, ‘Abdullah ibn Jahsh, Abû Huzayfa, Suhayb ibn Sinân, ‘Ammâr ibn Yâsir et Habbâb ibn al-Aratt.(7)
Cela montre que notre mère Âïcha, même si elle était jeune à cette époque, se trouvait déjà à un âge où elle pouvait exprimer une volonté et où elle pouvait figurer parmi les premiers musulmans. Le fait que, dans ces mêmes sources, on précise à son sujet : « Ce jour-là, elle était petite. » constitue en outre une confirmation supplémentaire de ce sens.(8)
2. La situation de sa sœur aînée, notre mère Asmâ, vient également renforcer cette opinion ; en effet, il est connu qu’elle est devenue musulmane à l’âge de quinze ans.(9) Un autre fait bien établi est qu’elle est née en l’an 595.(10) Tout cela renvoie à l’année 610, qui est la première année de la mission prophétique.
Ainsi, notre mère Âïcha, bien que plus jeune, est devenue musulmane en 610. Pour cela, il faut qu’à cette date elle ait eu au moins cinq, six ou sept ans. Si l’on ajoute à cette date les treize années de vie à La Mecque et au moins sept mois(11) passés à Médine, on obtient que, le jour où elle a épousé le Messager de Dieu, – si l’on prend comme base l’hypothèse qu’elle est née cinq ans avant la mission prophétique – elle devait être au minimum âgée de dix-huit ans.
3. À propos des jours de La Mecque, notre mère Âïcha rapporte :
« Alors que j’étais une fillette qui jouait à La Mecque, la révélation descendit sur Muhammad (que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur lui) à propos de ce verset : “En vérité, leur rendez-vous véritable est l’Heure ; et l’Heure est plus terrible et plus amère encore.” (*sourate al-Qamar*, 54/46). »(12)
Cette information nous ouvre des perspectives différentes concernant son âge. En effet :
4. Le verset en question est le 46e verset de la sourate al-Qamar, et il existe différents récits selon lesquels cette sourate – révélée en une seule fois – est descendue alors que le Prophète se trouvait dans la maison d’Ibn Arqam, à la 4e année de la mission prophétique (614),(13) ou à la 8e (618) ou 9e année (619).(14)
En particulier, certains savants, tenant compte de l’événement du fendement de la lune (l’astre lunaire fendu en deux) et du besoin qu’il y avait alors d’un tel signe, ont insisté sur le fait que la date en question devait être 614. Si l’on prend cette date comme base, cela signifie que notre mère Âïcha n’était pas encore née ou venait tout juste de naître.
La situation ne change pas vraiment si l’on prend comme base 618 ou 619 : dans ce cas, elle n’aurait eu que quatre ou cinq ans, et aucun de ces âges ne correspond à un degré de maturité permettant de comprendre un tel événement et de le relater des années plus tard.
Dans ces conditions, la conclusion la plus proche est qu’elle doit être née aux environs du début de la mission prophétique, c’est-à-dire au tout début de la risâla.(16)
5. Certains souvenirs que notre mère Âïcha raconte à propos des années passées à La Mecque vont également dans ce sens. Par exemple :
a) Elle dit avoir vu à La Mecque deux personnes survivantes de l’“événement de l’Éléphant”, survenu quarante ans avant la mission prophétique et considéré comme un repère chronologique dans la datation des événements, alors qu’elles mendiaient.(17)
b) Elle raconte avec détails qu’aux jours les plus difficiles de La Mecque, le Messager de Dieu venait matin et soir dans leur maison, et que son père Abû Bakr, ne supportant plus ces difficultés, avait même tenté de faire l’Hégire en Abyssinie.(18)
c) Elle rapporte également que, la première fois, la prière avait été rendue obligatoire (fard) en deux unités (deux rak‘ât), puis que, plus tard, pour ceux qui sont résidents (mukîm), elle a été portée à quatre rak‘ât, alors que pour la prière en voyage, elle est restée à deux rak‘ât.(19)
d) Elle dit encore :
« Nous entendions sans cesse dire que Isâf et Nâ’ila étaient un homme et une femme de la tribu de Jurhum qui avaient commis un forfait dans la Ka‘ba, et qu’en conséquence, Dieu les avait transformés en pierre. »(20)
Le fait qu’elle transmette les premiers jours à travers de telles expressions, ainsi que de nombreux autres souvenirs, montre que dès les toutes premières années, elle se trouvait déjà à un âge lui permettant de suivre les événements.
6. Le fait qu’aux jours où son mariage avec le Messager de Dieu était à l’ordre du jour, notre mère Âïcha fût fiancée à Jubayr, fils de Mut‘im ibn ‘Adiyy, vient également renforcer cette opinion. Ce qui attire aussi l’attention ici, c’est que cette proposition de mariage ait été mise en avant par une personne extérieure à la famille, comme Hawla bint Hakîm. Cela montre clairement qu’elle était alors une jeune fille parvenue à l’âge du mariage, qui pouvait être donnée en mariage.
Il est également notoire que cet « état de fiançailles » a été rompu par la famille d’Ibn ‘Adiyy, au motif qu’ils craignaient que leur fils ne voie son entendement changer.(21) Cela amène à se demander pourquoi et à quel moment la famille d’Ibn ‘Adiyy a conclu un tel contrat (acte de mariage, akd) avec la famille d’Abû Bakr, dont ils redoutaient précisément qu’elle ne modifie la manière de penser de leur fils.
La réponse la plus raisonnable est que ce contrat a été conclu soit avant la mission prophétique, soit à une époque où l’Islam n’était pas encore prêché ouvertement. Dans les deux cas, il est impossible de soutenir l’hypothèse selon laquelle elle serait née la quatrième année de la mission ; cela porte même à penser qu’elle est née plus tôt qu’on ne le suppose généralement.(22)
Si l’on prend en compte l’hypothèse selon laquelle cette décision de rupture aurait été prise à l’époque où la prédication ouverte avait commencé, on verra que cette date correspond aux années 613–614, qui marquent la sortie de la maison d’Ibn Arqam. Cela reviendrait alors, pour la période où elle était fiancée, à admettre qu’elle n’était pas encore née. Dans un tel cas, il serait impossible même de parler d’un tel contrat.
Il nous faut donc admettre qu’aux dates où ce contrat a été rompu, elle avait au moins sept ou huit ans ; ce qui montre qu’elle est née aux environs de l’année 605.(23)
7. Pour éclairer davantage la question, l’écart d’âge entre notre mère Âïcha et ses autres frères et sœurs est lui aussi remarquable. Comme on le sait, Abû Bakr (qu’Allah soit satisfait de lui) avait six enfants : parmi eux, Asmâ et ‘Abdullah sont nés de Qutayla bint Umays ; notre mère Âïcha et ‘Abd al-Rahmân sont nés de Umm Rûmân (qu’Allah soit satisfait d’elle) ; Muhammad est né de Asmâ bint Umays et Umm Kulthûm de Habîba bint Hârija.
Dans ce cas, notre mère Asmâ et ‘Abdullah, d’une part, et ‘Abd al-Rahmân et notre mère Âïcha, d’autre part, sont des frères et sœurs utérins, et les écarts d’âge entre chacun de ces deux couples de frères et sœurs utérins sont de nature à jeter une lumière sur notre sujet, comme suit :
a) Notre mère Asmâ, la première fille d’Abû Bakr, est née en 595, soit vingt-sept ans avant l’Hégire.(24) Au moment de l’Hégire du Messager de Dieu, elle était mariée à Zubayr ibn al-‘Awwâm et enceinte de six mois. En d’autres termes, ce jour-là, elle avait vingt-sept ans.(25)
Trois mois plus tard, lorsqu’elle fit l’Hégire vers Médine, elle donna naissance, à Qubâ, à son fils ‘Abdullah. Elle est décédée en l’an 73, à l’âge de cent ans, et cela sans que même ses dents ne soient tombées.
L’écart d’âge entre notre mère Âïcha et sa sœur aînée, notre mère Asmâ, est de dix ans.(26) Selon ce calcul, (595 + 10 = 605), l’année de naissance de notre mère Âïcha est 605, et son âge au moment de l’Hégire était de (27 - 10 = 17) dix-sept ans.
Étant donné que le mariage a eu lieu sept mois après l’Hégire(27), cela signifie qu’à cette période, notre mère Âïcha avait déjà dépassé dix-sept ans et approchait de ses dix-huit ans.
Si l’on considère comme base l’information selon laquelle elle se serait mariée au mois de Shawwâl, juste après la bataille de Badr, il nous faut alors admettre que, le jour de son mariage, elle avait dépassé l’âge de dix-huit ans et qu’elle entrait dans sa dix-neuvième année.
b) Un autre point remarquable ici est l’écart d’âge entre notre mère Âïcha et son frère utérin, ‘Abdurrahmân. Comme on le sait, ‘Abdurrahmân est le fils aîné d’Abû Bakr, et il ne deviendra musulman qu’après Hudaybiya. C’est aussi lui qui, à Badr, fit tout son possible pour éviter de se retrouver face à son père sur le champ de bataille, et ce jour-là, ‘Abdurrahmân avait vingt ans.(28)
D’après cela, il doit être né en 604. Dans une société où l’écart d’âge entre frères et sœurs est généralement de un ou deux ans, il est très peu probable qu’un frère né en 604 ait une sœur née en 614, de sorte qu’il y aurait un écart de dix ans entre eux ; et il n’existe aucune preuve venant étayer une telle hypothèse.
8. Les récits concernant la date du décès de notre mère Âïcha viennent également renforcer cette opinion. En effet, quant à l’année de son décès et à son âge ce jour-là, on mentionne des dates comme 55, 56, 57, 58 ou 59 de l’hégire(29), et des âges comme soixante-cinq, soixante-six, soixante-sept ou soixante-quatorze ans(30). Cela montre qu’il n’y a pas, pour sa date de décès non plus, de position absolument tranchée, pas plus qu’il n’y en a pour sa date de naissance.
En particulier, dans le récit selon lequel elle serait décédée en l’an 58 de l’hégire, à l’âge de soixante-quatorze ans, on trouve des détails tels que :
- le fait qu’elle soit décédée un mercredi,
- que la date de son décès corresponde à la nuit du 17e jour de Ramadan,
- qu’en accord avec son testament, elle ait été enterrée de nuit, à al-Baqî‘, après la prière du witr,
- que, toujours selon sa volonté, sa prière funéraire ait été dirigée par Abû Hurayra,
- et que ce soient des personnes comme les deux fils de sa sœur Asmâ, ‘Abdullah et ‘Urwa, les deux fils de son frère Muhammad, al-Qâsim et ‘Abdullah, ainsi que le fils de son autre frère ‘Abdurrahmân, ‘Abdullah, qui l’aient descendue dans la tombe.(31)
La présence de tels détails donne à penser que ce récit est, par rapport aux autres, plus solide.
Si nous prenons donc cette date comme base et que nous procédons à un calcul, nous constatons qu’elle a vécu encore quarante-huit ans après le décès du Prophète (48 + 10 = 58 + 13 = 71 + 3 = 74), ce qui signifie, selon ce calcul, qu’elle est née trois ans avant le début de la mission prophétique.
Dans ce cas, le jour de son mariage, on comprend, d’après l’opération (74 - 48 = 26 - 9 = 17 + 7 mois), qu’elle avait dix-sept ans et sept mois révolus.
En plus des informations ci-dessus, plusieurs autres éléments viennent également renforcer cette compréhension :
- le fait que, le jour de Uhud, alors même que des garçons étaient renvoyés du front, elle se trouvait elle aussi sur le champ de bataille(32) ;
- sa profonde maîtrise des questions scientifiques / juridiques,
- l’attitude pleine de maturité et les paroles mesurées qu’elle a manifestées lors de l’événement de la calomnie (Hadîth al-Ifk),
- l’écart d’âge qui la séparait de notre mère Fâtima,
- sa connaissance précise des événements de la Hijra et de ce qui s’est passé après, jusque dans les détails,
- le fait qu’après son installation à Médine, la question de son mariage ait été mise à l’ordre du jour par son père Abû Bakr lui-même, et que le mariage ait eu lieu après la fixation de la dot (mehr)(33),
- la fonction de guide qu’occupait le Prophète dans la société en tant que modèle pour la communauté, sa sensibilité prophétique et sa tendresse de père,
- le fait que, dans les versets révélés, l’âge du mariage soit lié à la condition de maturité (rushd)(34),
- le fait que les récits concernant l’âge et le mariage de notre mère Âïcha soient divergents et ne permettent donc pas d’atteindre un degré total de certitude(35),
- le fait que, lorsqu’elle parle elle-même de son âge à l’époque, notre mère Âïcha utilise une expression qui marque le doute : « six ou sept ans »,
- et enfin, le fait que dans les sociétés de cette époque, les dates de naissance et de décès n’étaient pas établies avec la précision que nous connaissons aujourd’hui.
Tout cela pourrait encore être développé, mais la conclusion n’en change pas : l’ensemble de ces éléments renforce l’idée qu’elle est née avant le début de la mission prophétique, qu’elle a été fiancée vers quatorze ou quinze ans, et qu’elle a épousé le Messager de Dieu alors qu’elle avait dix-sept ou dix-huit ans.
Dans ce cas, il nous revient d’interpréter les récits selon lesquels elle aurait été fiancée à six ou sept ans et mariée à neuf ans, en les comprenant dans le sens : « J’avais l’apparence d’une fille de cet âge. »(36)
Le fait que notre mère Âïcha ait eu, physiquement, une constitution frêle, vient également soutenir cette interprétation. Elle était en effet dotée d’un corps qui se laissait vite affecter par les conditions physiques et qui, par rapport à celles de son âge, la faisait paraître plus jeune.
Des événements comme :
- sa maladie au moment de la Hijra vers Médine(37),
- les soins attentifs que lui prodigua alors sa mère pour qu’elle retrouve la santé(38),
- et, au retour de l’expédition de Banû Mustaliq, le fait qu’elle ait été considérée comme présente dans le palanquin (hevdedj) lorsqu’on le plaça sur le dos du chameau, alors même que l’on ne s’était pas aperçu de son absence, au point qu’on n’ait pas su dire si elle s’y trouvait ou non(39),
viennent à leur tour confirmer cette situation.
En résumé, même si notre mère Âïcha s’était effectivement mariée à l’âge de neuf ans, cela serait, selon les représentations sociales de l’époque, quelque chose de tout à fait normal et naturel. Toutefois, lorsqu’on considère l’événement dans une perspective plus globale, on comprend qu’elle a acquis son statut de “Mère des Croyants” alors qu’elle avait en réalité dix-sept ou dix-huit ans.
À ce stade, une question peut venir à l’esprit : « Si c’est ainsi, pourquoi cette question n’a-t-elle pas été posée de cette manière jusqu’à aujourd’hui ? »
Comme nous l’avons indiqué au début, jusqu’à une époque toute récente, il n’a jamais été formulé à ce sujet la moindre critique négative ; ni de la part d’un ennemi obstiné comme Abû Jahl, qui exploitait chaque occasion pour attaquer, ni de la part d’un homme comme ‘Abdullah ibn Ubayy ibn Salûl, devenu l’adresse de l’hypocrisie, qui semait discorde et calomnie à tout moment et en tout lieu : aucune objection n’a jamais été élevée contre ce mariage. Et elle ne pouvait l’être.
Car il n’existait pas, à leurs yeux, de situation problématique à laquelle s’opposer. Selon les mentalités et normes de l’époque, les deux scénarios (mariage à neuf ans ou à un âge plus avancé) étaient socialement acceptables, et sans doute cela a-t-il fait que personne n’a ressenti le besoin d’aborder la question selon une approche différente ou avec un nouveau regard.
De ce fait, les savants musulmans n’ont pas non plus été amenés à proposer une analyse alternative concernant :
- la fiabilité des récits transmis,
- ou l’existence éventuelle d’autres données sur le sujet.
Cf. al-Bukhârî, Manâqib al-Ansâr 20, 44 ; Muslim, Kitâb al-Nikâh 71 ; Kitâb Fadâ’il al-Sahâba 74 ; Abû Dâwûd, Kitâb al-Adab 55 ; Ibn Mâjah, Kitâb al-Nikâh 13 ; al-Nasâ’î, Kitâb al-Nikâh 78 ; al-Dârimî, Kitâb al-Nikâh 56.
Cf. Azimli, Mehmet, L’impasse de l’historiographie apologétique dans les débats sur l’âge du mariage de 'Âisha, Recherches islamiques, vol. 16, n° 1, 2003, p. 28 sqq.
Cf. Dogrul, Omer Riza, Asr-i Saadet, Eskisehir Kutuphanesi (Eser Kitabevi), Istanbul, 1974, 2/141 sq. ; Nedvi, Seyyid Suleyman, Hazreti Aise, trad. Ahmet Karatas, Timas Yayinlari, Istanbul, 2004, p. 21 sq. ; Savas, Riza, « Hz. Aise’nin Evlenme Yasi ile Ilgili Farkli Bir Yaklasim », D. E. U. Ilahiyat Fak. Dergisi, 4, Izmir, 1995, p. 139-144.
On sait que le grand-père du Prophète, ‘Abd al-Muttalib, s’est marié très jeune avec Hâla bint Uheyb, qu’il a marié la mère du Prophète, Âmina, et son père, ‘Abdullah, à un âge similaire, et que ces deux mariages ont eu lieu dans la même assemblée ; de sorte que la différence d’âge entre le Prophète et son oncle Hamza est quasiment inexistante.
Dans l’idée d’être également proche du Prophète par alliance, ‘Umar s’est marié, malgré la différence d’âge, avec Umm Kulthûm, la fille de ‘Alî, et ce mariage n’a jamais été jugé étrange par la société de l’époque.
Cf. Ibn al-Athîr, Usd al-Ghâba fî Ma‘rifat al-Sahâba, 3/240.
Cf. Ibn Hishâm, al-Sîra al-Nabawiyya, 1/271 ; Ibn Ishâq, al-Sîra al-Nabawiyya, Konya, 1981, p. 124.
Cf. Ibn Hishâm, al-Sîra al-Nabawiyya, 1/271 ; Ibn Ishâq, al-Sîra al-Nabawiyya, p. 124.
al-Nawawî, Tahdhîb al-Asmâ’ wa’l-Lughât, 2/597 ; al-Hâkim, al-Mustadrak ‘alâ al-Sahîhayn, 3/635.
al-Nawawî, Tahdhîb al-Asmâ’ wa’l-Lughât, 2/597 ; al-Hâkim, al-Mustadrak ‘alâ al-Sahîhayn, 3/635.
Il est également rapporté que notre mère Âïcha ne se serait pas mariée au mois de Shawwâl, sept mois après l’Hégire, mais au Shawwâl de la deuxième année, après Badr. Dans ce cas, son âge au mariage serait retardé d’une année encore. Cf. al-Nawawî, Tahdhîb al-Asmâ’ wa’l-Lughât, 2/616.
Cf. al-Bukhârî, Fadâ’il al-Qur’ân 6, Tafsîr Sûrat al-Qamar (54) 6 ; al-‘Aynî, Badr al-Dîn Abû Muhammad Mahmûd ibn Ahmad, ‘Umdat al-Qârî fî Sharh Sahîh al-Bukhârî, Dâr Ihyâ’ al-Turâth al-‘Arabî, 20/21 ; Ibn Hajar al-‘Asqalânî, Fath al-Bârî bi-Sharh Sahîh al-Bukhârî, 11/291.
al-Suyûtî, al-Itqân fî ‘Ulûm al-Qur’ân, Beyrouth, 1987, 1/29, 50 ; Dogrul, Ömer Riza, Asr Saâdet, 2/148.
La divergence concernant la huitième ou la neuvième année provient d’une différence de calcul liée aux mois. En effet, dans certains récits où l’on rapporte cet épisode, un détail comme « le huitième mois de la huitième année » attire l’attention.
De nos jours, certaines personnes qui évaluent ces données et font des calculs de probabilités en arrivent à la conclusion que l’âge de notre mère Âïcha au moment de son mariage était au minimum quatorze ans, avec des possibilités qu’il soit vingt-deux, vingt-trois, vingt-quatre ou vingt-huit ans. Cependant, ces estimations ne reposant sur aucun fondement précis, nous n’avons pas accordé d’attention à ce genre de commentaires.
Ibn Manzûr, Lisân al-‘Arab, 13/138.
Ce renseignement (sur les deux survivants de l’« Événement de l’Éléphant ») ne nous est transmis, en dehors de notre mère Âïcha, que par sa sœur Asmâ. Cf. Ibn Hishâm, al-Sîra al-Nabawiyya, 1/176 ; al-Haythamî, Majma‘ al-Zawâ’id, 3/285 ; Ibn Kathîr, Tafsîr al-Qur’ân al-‘Azîm, 4/553 ; al-Bidâya wa’l-Nihâya, 2/214 ; al-Qurtubî, al-Jâmi‘ li-Ahkâm al-Qur’ân (Tafsîr), 20/195.
Cf. al-Bukhârî, Kitâb al-Salât 70, Kitâb al-Kafâla 5, Manâqib al-Ansâr 45, Kitâb al-Adab 64 ; Ahmad ibn Hanbal, al-Musnad, 6/198.
Dans ce cas, lorsque notre mère Âïcha rapporte cet événement en disant :
« Depuis que j’ai conscience de moi-même, j’ai toujours vu mes parents comme des gens religieux (dindar). »
il convient de comprendre cette phrase non pas dans le sens :
« Lorsque je suis née, l’Islam était déjà présent dans cette maison »
mais plutôt dans le sens :
« À partir du moment où j’ai commencé à prendre conscience de ce qui m’entourait, j’ai toujours été en contact avec l’Islam. »
- Cf. al-Tabarânî, al-Mu‘jam al-Kabîr, 2/285–286 ; al-Mu‘jam al-Awsat, 12/145 ; Ibn Hishâm, al-Sîra al-Nabawiyya, 1/243.
Ce renseignement, en dehors de notre mère Âïcha, ne nous est transmis que par Ibn ‘Abbâs, Salmân al-Fârisî et Sâ’ib ibn Yazîd. Salmân al-Fârisî a rencontré le Prophète à Médine, et Sâ’ib ibn Yazîd est né à Médine trois ans après l’Hégire. Quant à Ibn ‘Abbâs, il est né la dixième année de la mission prophétique, soit trois ans avant l’Hégire, pendant la période du boycott dans le défilé d’Abû Tâlib (Shi‘b Abî Tâlib).
Ainsi, aucun de ces trois compagnons n’a pu assister :
- ni aux prières de deux rak‘ât telles qu’elles étaient accomplies dans les premières années à La Mecque,
- ni à la prescription des cinq prières lors de la nuit de l’Ascension (Mi‘râj) pour nous en faire un récit direct.
Par conséquent, si ce point ne leur a pas été enseigné directement par le Prophète, il s’agit d’un fait observé personnellement et raconté par notre mère Âïcha. Cela montre qu’elle avait accès dès les premiers jours aux événements en question et qu’elle se trouvait, à cette époque, à un âge lui permettant de les comprendre.
Ibn Hishâm, al-Sîra al-Nabawiyya, 1/83.
al-Bukhârî, Kitâb al-Nikâh 11 ; Ahmad ibn Hanbal, al-Musnad, 6/210 ; al-Haythamî, Majma‘ al-Zawâ’id, 9/225 ; al-Bayhaqî, al-Sunan al-Kubrâ, 7/129 ; al-Tabarî, Târîkh al-Rusul wa’l-Mulûk (Târîkh al-Tabarî), 3/161–163.
C’est pourquoi certains disent qu’à cette époque, elle était une jeune fille de treize ou quatorze ans. Cf. Savas, Riza, D. E. Ü. Ilahiyat Fakültesi Dergisi, 4, Izmir, 1995, p. 139–144.
Cf. Berki, Ali Hikmet ; Eskioglu, Osman, Hâtemü’l-Enbiyâ Hz. Muhammed ve Hayati, p. 210.
Ici, on peut évoquer, même si l’hypothèse reste faible, une autre possibilité : celle selon laquelle, dans les années suivant sa naissance, elle aurait été l’objet d’un engagement précoce (promesse entre parents dès le berceau). Cependant, dans aucun des textes concernés, on ne trouve de détail venant confirmer une telle hypothèse.
al-Nawawî, Tahdhîb al-Asmâ’ wa’l-Lughât, 2/597.
Ibid.
al-Bayhaqî, al-Sunan al-Kubrâ, 6/204 ; Ibn Mandah, Ma‘rifat al-Sahâba, Köprülü Kütüphanesi, n° 242, varaq 195b ; Ibn ‘Asâkir, Târîkh Dimashq – Tarâjum al-Nisâ’, Damas, 1982, p. 9, 10, 28 ; al-Mas‘ûdî, Murûj al-Dhahab, 2/39 ; Ibn Sa‘d, al-Tabaqât al-Kubrâ, Beyrouth, 1968, 8/58.
Il existe également des récits selon lesquels ce mariage aurait eu lieu six ou huit mois après l’Hégire, ou encore environ un an et demi plus tard, après Badr. Cf. Ibn Sa‘d, al-Tabaqât al-Kubrâ, 8/58 ; Ibn ‘Abd al-Barr, al-Istî‘âb fî Ma‘rifat al-Sahâba, 4/1881 ; al-Nadwî, Sîrat al-Sayyidah ‘Â’isha Umm al-Mu’minîn, tahqîq : Muhammad Rahmatullah Hâfiz al-Nadwî, Dâr al-Qalam, Dimashq, 2003, p. 40, 49.
Ibn al-Athîr, Usd al-Ghâba fî Ma‘rifat al-Sahâba, 3/467.
Ibn ‘Abd al-Barr, al-Istî‘âb fî Ma‘rifat al-Sahâba, 2/108 ; al-Mizzî, Tahdhîb al-Kamâl fî Asmâ’ al-Rijâl, 16/560.
Cf. Ibn Sa‘d, al-Tabaqât al-Kubrâ, 8/75 ; al-Nadwî, Sîrat al-Sayyidah ‘Â’isha, p. 202.
Ibn ‘Abd al-Barr, al-Istî‘âb fî Ma‘rifat al-Sahâba, 2/108 ; Dogrul, Ömer Riza, Asr Saâdet, 2/142.
Cf. al-Bukhârî, Kitâb al-Jihâd wa’l-Siyar 65.
Cf. al-Tabarânî, al-Mu‘jam al-Kabîr, 23/25 ; Ibn ‘Abd al-Barr, al-Istî‘âb fî Ma‘rifat al-Sahâba, 4/1937 ; Ibn Sa‘d, al-Tabaqât al-Kubrâ, 8/63.
Cf. Sûrat al-Nisâ’, v. 6.
Pour les différents récits du type :
- « un an et demi, deux ou trois ans avant l’Hégire »,
- « lorsqu’elle avait six ou sept ans »,
- « l’année du décès de Khadîja ou trois ans après son décès »,
- « sept ou huit mois après l’Hégire, la première année de l’Hégire »,
- ou encore « après Badr »,
voir : al-Bukhârî, Manâqib al-Ansâr 20, 44 ; Muslim, Fadâ’il al-Sahâba 74 ; al-‘Aynî, ‘Umdat al-Qârî fî Sharh Sahîh al-Bukhârî, 1/45 ; Ibn ‘Abd al-Barr, al-Istî‘âb fî Ma‘rifat al-Sahâba, 4/1881 ; al-Nadwî, Sîrat al-Sayyidah ‘Â’isha, p. 40, 49.
- Certains, réagissant de manière critique aux analyses faites sur ce sujet, considèrent l’expression :
« j’avais six ou sept ans »
comme une erreur du rapporteur (râwî), et affirment que cette phrase devrait être :
« lorsque la mission prophétique commença, j’avais six ou sept ans ».
Cf. al-Bukhârî, Manâqib al-Ansâr 43, 44 ; Muslim, Kitâb al-Nikâh 69 ; Ibn Mâjah, Kitâb al-Nikâh 13.
al-Bukhârî, Manâqib al-Ansâr 44 ; Muslim, Kitâb al-Nikâh 69 ; Abû Dâwûd, Kitâb al-Adab 55 ; Ibn Mâjah, Kitâb al-Nikâh 13 ; ad-Dârimî, Kitâb al-Nikâh 56 ; al-Tabarânî, al-Mu‘jam al-Kabîr, 23/25 ; Ibn ‘Abd al-Barr, al-Istî‘âb fî Ma‘rifat al-Ashâb, 4/1938 ; Ibn Sa‘d, at-Tabaqât al-Kubrâ, 8/63 ; Ibn Ishâq, al-Sîra al-Nabawiyya, Konya, 1981, p. 239.
Cf. al-Bukhârî, Kitâb al-Shahadat 15 ; Kitâb al-Maghazi 34 ; Tafsir (sûrat an-Nûr, 24) 6 ; Muslim, Kitâb at-Tawba 56 ; at-Tirmidhî, Tafsir al-Qur’ân (63) 4 ; Ibn Sa‘d, at-Tabaqât al-Kubrâ, 2/65 ; Ibn Hishâm, al-Sîra al-Nabawiyya, 3/310.
Avec salutations et prières…
L'Oasis