Que signifie l’expression Ahl al-Kitâb (Gens du Livre) ?
Cher frère,
On appelle “Ahl al-Kitâb” (Ehl-i Kitap) les adeptes des religions révélées telles que les juifs et les chrétiens. Dans le Coran, il est très souvent question des Gens du Livre.
Les Gens du Livre, parce qu’ils ne reconnaissent pas notre Prophète (que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur lui), sont considérés comme des kâfirs (mécréants) au sens où ils ne croient pas en lui ; toutefois, ils ne sont pas des mécréants au sens de “ceux qui nient l’existence d’Allah”.
Le Coran accorde aux Gens du Livre, sur certains points, un statut particulier par rapport aux autres mécréants. Par exemple, il est licite d’épouser leurs femmes et la viande des animaux qu’ils abattent est permise (halal) (al-Mâ’ida, 5/5). Le fait qu’ils bénéficient de ces privilèges par rapport aux autres non-croyants vient de ce qu’ils sont plus proches de la foi.
Le Coran s’adresse à eux ainsi :
« Ô Gens du Livre ! Venez à une parole commune entre nous et vous : que nous n’adorions qu’Allah, que nous ne Lui associons rien, et que les uns d’entre nous ne prennent pas les autres pour seigneurs en dehors d’Allah. » (Âl ‘Imrân, 3/64)
Autrement dit : ne nous reconnaissons pas les uns les autres comme Seigneur, Maître ou Souverain absolu ; mesurons tous nos actes à l’ordre divin et à la satisfaction d’Allah… Que nous soyons tous serviteurs d’Allah. Sachons que nous ne sommes soumis qu’à Lui. Et que nous ne soyons soumis les uns aux autres que dans ce cadre-là. (1)
Le Coran indique aussi que les Gens du Livre ont pris leurs savants et leurs moines comme seigneurs (Rabb). (at-Tawba, 9/31) Quand ‘Adiyy ibn Hâtim, qui était chrétien puis est entré en Islam, entendit ce verset, il dit : « Ô Messager d’Allah, nous ne les prenions pas comme seigneurs. » Alors le Messager d’Allah (que la paix soit sur lui) fit l’explication suivante :
« Ils rendent illicite ce qu’Allah a rendu licite, et licite ce qu’Allah a rendu illicite, et vous, vous les suiviez. C’est cela, les prendre comme seigneurs (Rabb). » (2)
Autrement dit, il n’est pas nécessaire de donner à quelqu’un le nom de “Seigneur” pour en faire un seigneur ; le fait de suivre quelqu’un dans le fait de rendre licite ou illicite ce qu’Allah a décidé, c’est déjà une forme de “le prendre comme Rabb”. (3)
Le verset suivant indique la méthode à adopter dans la discussion avec les Gens du Livre :
« Et ne discutez avec les Gens du Livre que de la meilleure façon, sauf avec ceux d’entre eux qui sont injustes. Et dites : “Nous croyons à ce qui a été descendu vers nous et à ce qui a été descendu vers vous. Notre Dieu et votre Dieu est Un, et c’est à Lui que nous nous soumettons.” » (al-‘Ankabût, 29/46)
Dans ce verset, les Gens du Livre sont considérés en deux catégories :
- Ceux qui sont injustes (zalim).
- Ceux qui sont équilibrés / justes.
Il est ordonné de débattre avec les équilibrés parmi eux de la plus belle manière. Une telle approche est de nature à les attirer vers l’Islam et à rendre leur entrée en Islam plus facile. Car, en entrant en Islam, ils n’ont pas à renier Moïse (Musa as) ni Jésus (‘Isa as)… Ainsi, ils suivront la religion du dernier Prophète, et seront sauvés du fait d’être les adeptes d’une religion altérée.
Le Coran nous informe que les chrétiens sont, par rapport aux juifs, plus proches de l’Islam :
« Tu trouveras certes que les plus hostiles, en inimitié envers les croyants, sont les juifs et les associateurs. Et tu trouveras que les plus proches en affection envers les croyants sont ceux qui disent : “Nous sommes chrétiens.” C’est parce qu’il y a parmi eux des prêtres savants et des moines, et qu’ils ne s’enflent pas d’orgueil. » (al-Mâ’ida, 5/82)
L’histoire est une preuve de ce verset. Parmi les juifs, ceux qui sont entrés en Islam sont si peu nombreux qu’on peut les compter sur les doigts. En revanche, parmi les chrétiens, beaucoup de personnes ont choisi l’Islam à l’issue de leurs recherches. Aujourd’hui, en Europe, le nombre de musulmans d’origine chrétienne dépasse les centaines de milliers. De même, en Europe, de nombreuses églises ont été transformées en mosquées et servent désormais de centres d’activités islamiques.
Le fait que les activités islamiques dans les pays chrétiens produisent de beaux résultats est une réalité visible, tout comme le sont également les attitudes hostiles à l’Islam de la part des dirigeants de ces pays.
Celui qui ordonne de débattre de la plus belle manière avec les Gens du Livre équitables, c’est-à-dire Allah, expose, dans le verset suivant, le jugement concernant leur partie injuste :
« Combattez ceux des Gens du Livre qui ne croient ni en Allah ni au Jour dernier, qui ne considèrent pas comme illicite ce qu’Allah et Son Messager ont déclaré illicite, et qui ne professent pas la vraie religion, jusqu’à ce qu’ils versent la capitation (jizya) de leurs propres mains, après s’être humiliés. » (at-Tawba, 9/29)
La question de savoir si les caractéristiques énumérées dans ce verset englobent tous les Gens du Livre ou non a parfois été objet de débat. (4) Le fait que le verset ne dise pas :
« Combattez tous les Gens du Livre jusqu’à ce qu’ils versent la jizya »,
mais dise :
« Combattez parmi les Gens du Livre ceux qui sont ainsi »,
ne doit sans doute pas être négligé. (5) L’application du Messager d’Allah a également été dans ce sens.
Au cours de la période mecquoise de l’Islam, le Prophète (asm) a envoyé certains musulmans en Abyssinie, un pays chrétien, en leur disant qu’ils y seraient en sécurité. Pendant la période médinoise, il est entré en dialogue à la fois avec des juifs et des chrétiens, leur a exposé la religion d’Allah et a cherché à les convaincre. À la suite de cela, certains des Gens du Livre sont entrés en Islam.
Comme le dit le Coran :
« Tous les Gens du Livre ne sont pas pareils. » (Âl ‘Imrân, 3/113)
Considérer qu’ils sont tous dans la même catégorie est contraire à la réalité coranique et historique.
Le verset :
« Ô vous qui avez cru ! Ne prenez pas les juifs et les chrétiens comme alliés (awliyâ’). Ils sont alliés les uns des autres. Et quiconque parmi vous les prend comme alliés devient des leurs. Allah ne guide pas les gens injustes. » (al-Mâ’ida, 5/51)
n’interdit pas le dialogue ni les relations humaines avec eux. En effet, le fait d’épouser une femme parmi les Gens du Livre est une réalité établie par le Coran lui-même. (Sourate al-Mâ’ida, v. 5)
Hamdi Yazir commente le verset ci-dessus en disant :
« Les croyants n’ont pas été interdits de faire du bien aux juifs et aux chrétiens, de leur témoigner de l’amitié, ni d’exercer l’autorité sur eux ; ce qui leur est interdit, c’est de les prendre comme awliyâ’ au sens d’alliés intimes, de soutiens, de s’en faire les agents serviles. Car eux ne se montreront jamais véritablement proches et secourables à l’égard des croyants. » (6)
On peut résumer la question ainsi :
- Entretenir avec eux des relations humaines (professionnelles, de voisinage, d’échange, etc.) est une chose.
- Être fasciné par leur religion, leurs coutumes et leurs usages au point de les adopter en est une autre.
La première attitude n’entre pas dans l’interdiction coranique, tandis que la seconde est clairement interdite.
Sources :
- Yazir, II/1132.
- Râzî, XVI/37.
- Yazir, IV/2512.
- Râzî, X, 333 ; Qutb, III, 1631-1634.
- Atech, III, 1133-1134.
- Baydâwî, II, 211.
Avec salutations et prières…
L'Oasis