Que dire sur la bataille de Siffin et de l’épisode de l’arbitrage entre Ali (ra) et Mu‘âwiya (ra) ?
Pourquoi la bataille de Siffîn entre notre maître ‘Alî et notre maître Mu‘âwiya a-t-elle eu lieu ? Dans les livres d’histoire, on raconte que, durant cette bataille, l’armée de Mu‘âwiya a fixé des feuillets du Coran au bout de leurs lances pour tromper (ruser). N’est-ce pas un manque de respect envers le Coran ?
Cher frère / chère sœur,
La bataille de Siffîn a eu lieu entre le quatrième des califes bien guidés, ‘Alî ibn Abî Tâlib (r.a.), et le gouverneur de Damas qui ne reconnaissait pas son califat, Mu‘âwiya ibn Abî Sufyân (r.a.). La bataille s’est déroulée en 657, dans la région de l’Euphrate, près d’un endroit appelé Siffîn, à l’est de Raqqa, et de nombreux musulmans y sont tombés martyrs.
La raison de cette guerre repose sur une divergence d’ijtihad (d’opinion juridique / politique). Comme la question était de nature politique, elle a malheureusement abouti à un affrontement armé. Si la divergence d’ijtihad avait été purement théorique ou scientifique, elle serait restée dans les livres et les discussions savantes.
Le chemin qui a mené à la guerre peut être résumé ainsi :
Pendant le califat de ‘Uthmân (r.a.), un groupe de rebelles est venu à Médine. Après avoir assiégé longtemps ‘Uthmân (r.a.), l’un ou plusieurs d’entre eux l’ont finalement assassiné.
Suite à cela, ‘Alî (r.a.) a été proclamé calife et a commencé à rechercher le meurtrier de ‘Uthmân. Mais il était impossible de déterminer avec précision qui, dans ce groupe de rebelles, était l’auteur direct du meurtre.
À cette époque, Mu‘âwiya (r.a.), gouverneur de Syrie, défendait ce qu’on appelle l’« justice relative » (al-'adlu l-idâfî) et disait, en substance :
« Pour le salut de la communauté, on peut sacrifier le droit de certains individus. »
Il demandait donc que l’ensemble du groupe rebelle fût puni.
De son côté, ‘Alî (r.a.) défendait la justice absolue (al-'adlu l-mahd) en disant :
« Le droit est le droit. Le droit d’un individu ne peut être sacrifié à rien. »
Il voulait que l’on identifie le(s) véritable(s) meurtrier(s) à l’intérieur de ce groupe de rebelles, et les recherches se poursuivaient dans ce sens.
Comme l’identification précise du meurtrier tardait, le mécontentement a atteint son paroxysme. Entre-temps, des fauteurs de troubles qui souhaitaient l’affaiblissement de l’Islam ont soufflé sur les braises. Finalement, les deux armées se sont retrouvées face à face.
Entre-temps, l’événement de Jamal (la bataille du Chameau) eut lieu. Après cet événement, en se dirigeant vers Kûfa, notre maître ‘Alî (r.a.) envoya un émissaire à notre maître Mu‘âwiya (r.a.) pour lui faire savoir que les Muhâjirûn et les Ansâr parmi les Compagnons (rad?yallahu ‘anhum) avaient reconnu son califat ; il lui demanda donc de l’accepter lui aussi et de lui prêter allégeance.
Notre maître Mu‘âwiya (r.a.) retarda la réponse à Jarîr ibn ‘Abdullah (r.a.), qui était venu comme émissaire, et consulta notre maître ‘Amr ibn al-‘Âs (r.a.). Il déclara que, si les meurtriers de notre maître ‘Uthmân (r.a.) n’étaient pas immédiatement punis, il marcherait contre ‘Alî avec son armée.
Mu‘âwiya (r.a.) quitta alors Damas à la tête d’une armée de quatre-vingt-cinq mille hommes. Quant à ‘Alî (r.a.), il partit de Kûfa en direction de Siffîn avec une armée de quatre-vingt-dix mille hommes.
‘Alî (r.a.) envoya plusieurs émissaires à Mu‘âwiya (r.a.) pour le faire revenir sur sa position, mais il ne reçut pas de réponse positive. Pendant que quelques escarmouches avaient lieu entre des détachements des deux armées, des émissaires firent la navette entre elles jusqu’à la fin du mois de Muharram de l’an 37 de l’Hégire pour tenter de parvenir à un accord. Mais aucun progrès ne fut réalisé sur la voie de la paix. Le premier jour du mois de Safar, les combats reprirent.
Lors d’une violente attaque de l’armée de ‘Alî (r.a.), l’armée de Damas fut sur le point de se disperser. La guerre était presque gagnée, quand ‘Amr ibn al-‘Âs (r.a.) dit aux soldats de Syrie : « Que celui qui a un Mushaf avec lui le place au bout de sa lance et le lève en l’air. »
Les soldats mirent cet ordre à exécution et crièrent en direction du camp de ‘Alî (r.a.) : « Que le Livre d’Allah soit juge entre nous ! »
La mesure prise par ‘Amr ibn al-‘Âs produisit son effet : les soldats irakiens commencèrent à dire : « Répondons à l’appel qui nous est fait au Livre d’Allah. »
‘Alî (r.a.) essaya d’expliquer à ses soldats qu’il s’agissait là d’une ruse de guerre, mais il ne parvint pas à les convaincre. On décida donc que chaque camp désignerait un arbitre, afin que soit rendue une décision conforme au Coran. Ceux qui se trouvaient aux côtés de ‘Alî (r.a.) accueillirent cela avec satisfaction. Les Syriens désignèrent ‘Amr ibn al-‘Âs comme arbitre, et les Irakiens du camp de ‘Alî choisirent Abû Mûsâ al-Ash‘arî.
Au mois de Safar, en l’an 37 de l’Hégire, ils se réunirent à Dûmat al-Jandal et rédigèrent un « document d’arbitrage » contenant les principes qui devaient être pris comme base pour trancher. Cet événement est connu dans l’histoire islamique sous le nom de « l’Épisode de l’Arbitrage ».
Avec salutations et prières…
L'Oasis