Les actes font-ils partie de la foi ?

1
Manuel 2 vues
21 oct. 2025
Mouaz Ibn Jebel
Writer

Question : Les actes font-ils partie de la foi ? Autrement dit, celui qui délaisse une obligation (fard) ou commet un interdit devient-il mécréant (kâfir) ?

RÉPONSE : Non, il ne devient pas mécréant. Si les actes faisaient partie de la foi, alors tout pécheur deviendrait mécréant. Il ne resterait plus de musulmans.

Bien que les Mu'tazilites, les wahhabites et certaines autres sectes d’innovation (bid'a) aient dit : “L’acte ('amal) fait partie de la foi”, l’acte n’est pas une partie de la foi. L’opposé de la mécréance est la foi, et l’opposé du péché est l’adoration ('ibâda). Celui qui abandonne la foi devient mécréant, tandis que celui qui délaisse l’adoration devient pécheur. Une foi sans actes est acceptée, mais un acte sans la foi n’est pas accepté. Comme pour les femmes pendant leurs périodes menstruelles, il est permis — et même requis — de délaisser des adorations telles que la prière et le jeûne, alors qu’il n’est jamais permis d’abandonner la foi.

On peut entrer au Paradis par la seule foi, mais on n’y entre pas par les seuls actes. La foi sans actes est acceptée, tandis que l’acte sans la foi ne l’est pas. Les adorations accomplies par ceux qui n’ont pas la foi ne leur seront d’aucune utilité dans l’au-delà. La foi ne se “donne” pas à autrui, alors que la récompense des actes peut être offerte à d’autres. On ne peut pas faire testament de la foi, mais on peut recommander dans son testament que des œuvres soient réalisées pour soi. Celui qui délaisse les actes ne devient pas mécréant, tandis que celui qui abandonne la foi devient aussitôt mécréant. Les actes peuvent être dispensés à celui qui a une excuse, mais la foi n’est excusée chez personne.

L’imam al-Ghazâlî a dit : Les sectes égarées ont pris pour preuve le verset 29 de la sourate ar-Ra‘d — dont le sens est : “Ceux qui ont cru et accompli de bonnes œuvres” — pour soutenir que “l’acte fait partie de la foi”. Or ce verset et d’autres semblables montrent que l’acte est extérieur à la foi et non inclus en elle. Si c’était le contraire, l’expression “et qui accomplissent de bonnes œuvres” serait une répétition superflue.

L’affirmation des Mu‘tazilites [et des wahhabites] selon laquelle les pécheurs demeureront éternellement en Enfer est erronée. En effet, dans un hadith il est dit : “Celui qui ne renie pas ce qu’il a professé ne devient pas mécréant.” Commettre un péché ne revient pas à renier les fondements de la foi que l’on a confirmés. Dans l’au-delà, seule l’intercession n’est pas accordée aux non-croyants ; cela montre que les pécheurs pour lesquels l’intercession est accordée ne sont pas mécréants. Dans un hadith, il est dit : “J’intercéderai en faveur de ceux qui ont commis de grands péchés.”

Abû d-Dardâ’ demanda : “Ô Messager d’Allah, celui qui commet l’adultère ou le vol bénéficiera-t-il aussi de l’intercession ?” Il répondit : “Oui, j’intercéderai aussi pour l’adultère et pour le voleur.”

Quiconque meurt avec la foi entrera tôt ou tard au Paradis. Il est dit dans des hadiths :

 “J’intercéderai pour tout croyant qui ne meurt pas dans le polythéisme (shirk).” [Bazzâr, al-Hâkim, al-Bayhaqî]

« Un croyant qui a commis l’adultère, volé ou bu de l’alcool entrera lui aussi au Paradis. » [Boukhârî]

« Celui qui a dans son cœur ne serait-ce qu’un atome de foi ne demeurera pas en Enfer. » [Boukhârî]

Le croyant pécheur, après avoir subi sa peine, entrera au Paradis. Le hadith “La foi sort de l’adultère et de celui qui boit de l’alcool” indique que les pécheurs ne sont pas des croyants parfaits.

L’énoncé “La foi, c’est l’assentiment du cœur, la profession par la langue et l’action des membres” signifie ceci : chez l’homme, la foi est comme la tête dans le corps ; les membres, tels que les mains et les bras, sont comme les actes. On peut avoir un homme sans mains ni bras, mais on ne peut pas avoir un homme sans tête. Lorsqu’on décrit un homme “normal”, on le décrit avec tous ses membres ; autrement dit, même s’il manque certains membres, il reste un homme. De même, lorsqu’on définit le croyant accompli, on y inclut les actes.

De même qu’on appelle “mort vivant” celui à qui l’on a coupé les mains et les pieds, à propos de celui qui commet un grand péché il a été dit “il n’est pas croyant”, au sens : il n’est pas un croyant parfait. (Ihyâ’)

Quand le vin entre, la foi sort ?

Question : Dans le livre La moralité islamique, il est rapporté que notre maître 'Uthmân a dit : “Je jure par Allah Très-Haut que, quand quelqu’un boit du vin, la foi s’adresse à ce vin en disant : ‘Ô maudit, attends ; que je sorte, puis toi tu entreras.’” Il existe aussi des hadiths en ce sens : “L’homme ne peut pas boire de l’alcool tout en étant croyant.” [an-Nasâ’î]

“La foi de celui qui boit du vin sort de lui comme la chemise sort du dos.” [al-Hâkim]

“L’alcool et la foi ne coexistent pas ; l’un repousse l’autre.” [al-Bayhaqî]

“La lumière de la foi sort du cœur de celui qui boit de l’alcool.” [at-Tabarânî]

Ma question est : la foi de celui qui boit du vin sort-elle (de lui), c’est-à-dire devient-il mécréant ?

RÉPONSE : Non. Dans notre religion, l’acte ('amal) ne fait pas partie de la foi ; on ne traite donc pas de mécréant celui qui boit du vin ou commet un autre péché. Si l’acte faisait partie de la foi, tout pécheur deviendrait mécréant et il ne resterait plus de musulmans. D’ailleurs, même ceux qui soutiennent que « l’acte fait partie de la foi et le pécheur devient mécréant » — des égarés — ne pourraient pas être musulmans. Car l’infaillibilité, c’est-à-dire l’absence de tout péché, est propre aux Prophètes.

L’imam Rabbânî a dit : L’imam al-A'zam (Abû Hanîfa) a déclaré : “Même si le croyant commet un grand péché, sa foi ne disparaît pas et il ne devient pas mécréant.” Si un croyant meurt sans s’être repenti alors qu’il a beaucoup de péchés, Allah Très-Haut, s’Il le veut, pardonne tous ses péchés ; s’Il le veut, Il le châtie à la mesure de ses fautes ; mais, à la fin, Il le fera entrer au Paradis. Dans l’au-delà, seuls les mécréants ne seront pas sauvés. Celui qui possède ne fût-ce qu’un atome de foi obtiendra le salut. (2/67)

L’imam al-Ghazâlî a dit : On ne traite pas de mécréant celui qui commet un péché. Dans un hadith, il est dit : “L’ange Gabriel a dit : ‘Tout musulman qui meurt sans associer (d’idole) à Allah entrera au Paradis.’ — ‘Même celui qui commet l’adultère et le vol ?’ ai-je demandé. — ‘Oui’, dit-il.” Je posai la même question à trois reprises ; la troisième fois, il dit : “Oui, le croyant qui commet l’adultère ou le vol [entrera au Paradis après avoir obtenu le pardon ou l’intercession, ou si ses bonnes actions l’emportent sur ses fautes, ou bien après avoir subi la peine de son péché].” [Boukhârî, Muslim, Bazzâr]

Les actes font-ils partie de la foi ?

Question : Nous savons que l’acte ('amal) n’est pas une partie de la foi, mais que signifie le hadith : “La foi, c’est l’affirmation par la langue, la confirmation par le cœur et l’action par les membres” ? Peut-on traiter de mécréant celui qui commet un péché ?

RÉPONSE : Jamais on ne peut le dire. L’imam al-Ghazâlî a dit : Dans un hadith, il est dit : « Celui qui ne renie pas ce qu’il a professé ne devient pas mécréant. » Lorsqu’un musulman commet un péché, il ne renie pas pour autant les fondements de la foi qu’il a confirmés. Dans l’au-delà, l’intercession n’est refusée qu’aux incroyants. Cela montre que les pécheurs en faveur desquels l’intercession est accordée ne sont pas mécréants.

Le sens de l’expression « La foi, c’est la confirmation du cœur, la profession par la langue et l’action par les membres » est le suivant :

Chez l’homme, la foi est comme la tête dans le corps. Les membres, tels que les mains et les bras, sont comme les actes. On peut avoir un homme sans mains ni bras, mais on ne peut pas avoir un homme sans tête. Lorsqu’on décrit un homme “normal”, on le décrit avec tous ses membres ; autrement dit, même s’il lui manque certains membres, il reste un homme. De même, lorsqu’on définit le croyant accompli, on inclut aussi les actes. De même qu’on compare celui qui n’a ni mains ni pieds à un “mort vivant”, on a dit à propos de celui qui commet un grand péché : “il n’est pas croyant”, au sens de “il n’est pas un croyant parfait”. (Ihyâ’)

Si les actes faisaient partie de la foi…

Question : À cause d’un péché commis, une personne sort-elle de la religion (devient-elle mécréante) ?

Réponse : Il n’est pas juste de faire sortir de l’islam, en raison de ses fautes, quelqu’un qui croit en l’islam et l’aime. La foi est le fondement de l’islam : elle consiste à accepter ses principes et à témoigner de respect pour toutes ses règles et prescriptions, même si l’on manque à en observer certaines. Si les actes faisaient partie de la foi, tout pécheur deviendrait mécréant et il ne resterait plus de musulmans dans le monde. S’il arrive que certains hadiths rattachent des bonnes œuvres à la foi et certaines mauvaises actions à la mécréance, c’est pour souligner la gravité et l’ampleur de ces bonnes ou mauvaises actions. À la lumière d’autres versets coraniques et hadiths, on comprend qu’elles ne constituent pas des parties intégrantes de la foi ou de la mécréance.

“La pudeur est une branche de la foi”, “La propreté est la moitié de la foi”, “La foi, c’est la prière”, “Le croyant est celui en qui les gens se sentent en sécurité”, “Le croyant ne commet pas l’adultère tout en étant croyant”, “On peut trouver chez le croyant toutes sortes de dispositions, sauf la trahison et le mensonge” — tels sont ces hadiths.

Ces hadiths indiquent l’importance de ces choses en disant que l’absence de vertus comme la pudeur, la pureté, la prière, la fiabilité (dépôt/amanah), la chasteté et la véracité, et la présence de maux tels que le mensonge, la trahison et l’adultère, équivalent à l’absence de foi — ils en soulignent ainsi la gravité. En accordant à certaines œuvres une valeur comparable à celle de la foi, on a voulu montrer leur importance.

Si les réformateurs religieux répondent : “Comment les Prophètes auraient-ils inclus certaines choses dans la foi, et les savants de ahl al-sunna pourraient-ils les en dissocier ?”, le hadith suivant leur apporte la réponse : “Celui qui meurt en croyant, même s’il a commis l’adultère et le vol, entrera finalement au Paradis.”

Par ailleurs, le verset 2 de la sourate al-'Ankabût enseigne en substance : “Les hommes ne seront pas laissés (sans épreuve) pour avoir dit ‘Nous croyons’ ; ils seront éprouvés afin qu’il soit établi si leur parole ‘Nous croyons’ est vraie ou mensongère.” Ce verset montre combien il est important de patienter face aux épreuves.

Question : De même qu’il faut accomplir les actes d’adoration, faut-il aussi croire qu’ils sont ordonnés (par Dieu) ?

RÉPONSE : De même qu’il faut accomplir les actes d’adoration prescrits par l’islam, il faut aussi croire, pour chacun d’eux, qu’il s’agit d’un devoir, d’un ordre divin. Un musulman qui a cette croyance accomplira naturellement ces devoirs de bon gré.

Bien que la foi soit fondamentale…

Question : Les livres religieux disent qu’on entre au Paradis par la foi et que la foi est l’essentiel. Si la foi est essentielle, alors n’est-il pas nécessaire d’accomplir les prescriptions et d’éviter les interdits ?

RÉPONSE : Croire avec le cœur est, tout comme le fondement de l’islam, le plus élevé des actes. Lorsqu’on demanda au Messager d’Allah : « Quelle est l’œuvre la plus éminente ? », il répondit : « C’est de croire en Allah et en Son Messager », puis il récita l’Âmantu (la profession de foi). Ce hadith est rapporté par al-Boukhârî.

Le fait que la foi soit l’essentiel en islam n’en diminue pas l’importance des actes et des adorations. Car c’est la foi qui motive l’accomplissement des actes. Plus la cause est forte, plus le résultat est assuré. Un musulman dont la foi est solide accorde davantage d’importance aux actes.

Comme il faut que les musulmans croient séparément à chaque obligation, à chaque interdit, à chaque acte et à chaque devoir, ceux qui commettent des péchés tremblent à l’idée que leur foi puisse être ébranlée, voire perdue. Même celui qui ne commet pas un péché, s’il n’accorde aucune importance à ce péché en se disant “qu’importe”, perd sa foi et devient mécréant.

Les réformateurs religieux qui veulent intégrer certaines œuvres à la foi ont-ils compris à ce point l’importance des actes ? Quant à ceux qui affirment que l’islam ne se réduit pas à croire avec le cœur et qu’il faut regarder les actes et les œuvres, ils envisagent ces actes non pas pour Allah et pour la conquête de l’au-delà, mais pour ce bas monde et son bonheur.

Dire : “Accepte les prescriptions et les interdictions de la religion, crois, puis fais-les ou non selon ton gré, il n’y a rien de plus facile que cela” est également erroné. Car celui qui n’accorde aucune importance à ces prescriptions et interdictions devient mécréant.

La foi signifie la croyance du cœur. Pour qu’elle advienne, il faut d’abord la connaissance. La connaissance et l’action sont deux choses distinctes. L’action, bien qu’elle soit très nécessaire à la connaissance, n’est pas identique à elle. Le proverbe des Français — “Bon penser et bien dire ne sert rien sans bien faire” — distingue lui aussi la connaissance et l’action : autrement dit, bien penser et bien parler ne servent à rien si l’on ne fait pas de bonnes œuvres. Toutefois, notre religion, à l’encontre de ce proverbe, affirme que bien penser sans faire le bien — c’est-à-dire croire seulement — est bénéfique.

Question : Si un musulman n’apprenait pas les prescriptions et les interdictions, et n’accomplissait pas les actes d’adoration en respectant leurs conditions, serait-il possible pour une telle personne d’être sauvée ?

RÉPONSE : À ce sujet, l’Imâm Rabbânî dit : « Ce qu’Allah Très-Haut a ordonné s’appelle fard (obligation), ce qu’Il a interdit s’appelle haram (interdit). Ce qui n’est ni fard ni haram s’appelle mubâh (licite). S’acquitter des obligations, éviter les interdits et accomplir les choses permises pour l’agrément d’Allah, cela s’appelle l’adoration ('ibâda).

Pour qu’une adoration soit valide et acceptée, pour qu’Allah Très-Haut l’agrée, il faut la science — c’est-à-dire apprendre les conditions d’un accomplissement correct — et l’action — l’accomplir conformément à ces conditions et avec sincérité (ikhlâs). La sincérité consiste à ne pas viser des intérêts mondains tels que l’argent, le rang ou la renommée, mais à agir parce qu’Allah Très-Haut l’a ordonné, afin d’obtenir Son agrément et Son amour.

La science s’acquiert en lisant les livres de jurisprudence (fiqh) avec un maître ; la sincérité s’obtient par les paroles, les états et les comportements d’un saint (walî), ainsi qu’en lisant des ouvrages de soufisme (tasawwuf).

Les sciences de l’islam sont de deux sortes : les sciences religieuses et les sciences “profanes” (techniques). Il est obligatoire d’en apprendre ce qui est nécessaire. Par exemple, apprendre la manière d’utiliser un médicament et sa posologie est obligatoire ; de même, celui qui utilise des appareils d’éclairage électrique doit acquérir des notions élémentaires d’électricité. S’il ne les apprend pas, cela peut causer la mort.

Si un musulman croit aux obligations (fard) et aux interdits (haram), mais, par paresse ou en suivant de mauvais compagnons, néglige les adorations et meurt sans repentir, il brûlera en Enfer jusqu’à l’extinction de ses péchés. Quant à celui qui n’apprend pas les obligations — ou qui, les connaissant, ne leur accorde ni valeur ni importance, les délaisse sans regret et sans crainte d’Allah — il sort de l’islam et devient mécréant ; il brûlera en Enfer pour l’éternité. Il en va de même pour la commission des interdits.

Celui qui n’apprend pas la science d’un acte d’adoration et n’en connaît pas les conditions : même s’il l’accomplit avec sincérité, son acte n’est pas valide ; c’est comme s’il ne l’avait pas fait. Celui qui le fait en connaissant et en respectant ses conditions voit son adoration valide ; toutefois, si elle n’est pas accomplie avec sincérité (ikhlâs), ni cette adoration ni aucune bonne action ne seront acceptées. Une adoration accomplie sans science et sans sincérité ne profite pas ; elle ne sauve pas de la mécréance, du péché et du châtiment. On a souvent vu des hypocrites (munâfiq) pratiquer de telles adorations toute leur vie puis mourir dans la mécréance.

L’adoration accomplie avec science et sincérité sauve l’homme, ici-bas, de la mécréance et du péché, et l’élève en dignité ; et, dans l’au-delà, Allah Très-Haut a promis qu’elle le sauvera du châtiment de l’Enfer, comme Il l’annonce dans le verset 9 de la sourate al-Mâ’ida et dans la sourate al-'Asr. »

21 oct. 2025
Mouaz Ibn Jebel
Writer
Cette réponse vous a-t-elle convaincue ?