Qu’est-ce que le shirk et la mécréance ?
Question : Dans un hadith, il est rapporté qu’en dehors du shirk (association à Allah ta‘ala), il n’existe aucun péché qui fasse entrer dans le kufr (mécréance). Or, l’on sait qu’en plus du shirk, il existe d’autres péchés qui font tomber dans la mécréance. Que signifie le shirk dans ce hadith ?
Réponse : Le shirk consiste à associer un partenaire à Allah ta‘ala, ou à Lui assimiler une créature. Celui qui fait cela est appelé mushrik.
Le kufr (mécréance) a plusieurs formes. La plus grave et la pire de toutes est le shirk. Quand on veut désigner toutes les formes d’une chose, on mentionne souvent la plus grande, la plus grave. C’est pourquoi, dans de nombreux versets coraniques et hadiths prophétiques, le mot shirk est employé avec le sens de toute forme de kufr (toute mécréance).
Dans le Coran, Allah ta‘ala dit en résumé :
« Allah ne pardonne pas le shirk (l’association, toute forme de kufr), mais Il pardonne, à qui Il veut, les péchés en dehors du shirk. » (Sourate An-Nisa, verset 48)
Un kafir (mécréant) devient mu’min (croyant) en prononçant une seule kalimat at-tawhid (parole de l’unicité). De même, un mu’min (croyant) peut devenir kafir (mécréant) par une seule parole.
Celui qui prononce une parole qui fait tomber dans le kufr (mécréance) perd son iman (foi) sans même s’en rendre compte. Dans un hadith, il est dit :
« Il viendra un temps où le iman (foi) d’une personne disparaîtra sans qu’elle ne s’en aperçoive. En réalité, sa foi sortira de lui comme un vêtement qui glisse de son corps. » (Rapporté par Deylemi)
Chez celui qui tombe dans la mécréance – kufr, la récompense de toutes ses adorations est annulée. Même s’il fait tawba (repentir), ces anciennes récompenses ne reviennent pas. De plus, il doit renouveler son mariage – nikah (contrat de mariage).
Pour faire tawba, il ne suffit pas de prononcer seulement la kalimat ash-shahada (parole du témoignage de foi). Il faut aussi se repentir précisément de la cause de son kufr.
S’il ne sait pas exactement par quelle parole ou par quel acte il est tombé dans le kufr, il lui suffit de dire :
« Je fais tawba de toutes les paroles et de tous les actes de kufr, que je les connaisse ou que je les ignore. »
Dans les ouvrages Berîqa, Hadîqa et Mecma‘ al-anhur, il est dit :
Si un homme ou une femme musulmane, sachant qu’une certaine parole ou un certain acte a été déclaré, par l’unanimité des savants, comme cause de kufr (mécréance), prononce cette parole ou accomplit cet acte sciemment, volontairement (sans contrainte) ou même simplement pour faire rire les autres, alors même qu’il ou elle n’en médite pas le sens, son iman (foi) disparaît. Il/elle devient murtad (apostât). On appelle cela kufr inadi (mécréance obstinée).
Si, au contraire, la personne ne sait pas que cette parole ou cet acte fait tomber dans le kufr, mais la prononce ou l’accomplit quand même volontairement, elle devient murtad également. On appelle cela kufr jahli (mécréance par ignorance).
En effet, il est fard (obligatoire) pour tout musulman d’apprendre les choses qu’il doit nécessairement connaître. Ne pas les savoir n’est pas une excuse, mais un grand péché.
Celui qui devient murtad par kufr inadi ou kufr jahli voit son nikah (mariage) rompu. Il doit alors procéder à un tajdid an-nikah (renouvellement du contrat de mariage), en présence de deux témoins, soit en ayant reçu de son épouse une wakala (procuration), soit à la mosquée, avec la communauté. Même si ce tajdid an-nikah est répété plusieurs fois, il n’est pas nécessaire de recourir à une hulla (mariage intermédiaire).
Si la parole qui mène au kufr a été prononcée par erreur (non pas volontairement, mais par inadvertance), ou sur la base d’une interprétation – ta’wil, ou encore sous la contrainte – ikrah (menace), la personne ne devient pas murtad et son nikah n’est pas rompu.
Quant à une parole dont le caractère de kufr fait l’objet d’une divergence entre les savants, celui qui la prononce volontairement ne devient pas murtad avec certitude. Mais, par prudence, il est recommandé qu’il fasse tawba (repentir), istighfar (demande de pardon à Allah) et qu’il procède à un tajdid an-nikah.
(Dans les deux cas, les adorations antérieures de celui qui est tombé dans la mécréance – kufr sont annulées. Même s’il fait tawba (repentir), elles ne reviennent pas. S’il est riche, il doit aller de nouveau au hajj (pèlerinage). Il ne rattrape pas les prières – salat, les jeûnes – sawm ou la zakat qu’il avait déjà accomplis auparavant. En revanche, il rattrape les adorations qu’il n’avait pas effectuées avant de tomber dans le kufr. Pour la tawba, le simple fait de prononcer la kalimat ash-shahada (parole du témoignage de foi) ne suffit pas. Il doit aussi se repentir de la chose qui a été la cause de son kufr. Celui qui prononce, par erreur, par inadvertance ou par interprétation – ta’wil, une parole menant au kufr, ou celui qui prononce sciemment une parole dont le caractère de kufr est controversé entre les savants, ne tombe pas dans la mécréance. Cependant, il est recommandé pour lui de faire un tajdid al-iman (renouvellement de la foi).)
Qui est considéré comme kafir ?
Question : Puisqu’on appelle kafir (mécréant) celui qui renie Allah, peut-on appeler kafir les ahl al-kitab (gens du Livre) qui croient à l’existence d’Allah ?
Réponse : Selon l’Islam, les gens se divisent en deux catégories :
- Ceux qui sont musulmans,
- Ceux qui ne sont pas musulmans.
Ceux qui ne sont pas musulmans sont appelés non-musulmans ou kafir (mécréants).
Les kafir se divisent eux-mêmes en deux groupes :
- Les kafir avec Livre – ahl al-kitab (gens du Livre),
- Les kafir sans Livre.
Les chrétiens et les juifs sont des kafir avec Livre – ahl al-kitab. Les athées, les mushrik (associateurs), les bouddhistes, les mazdéens / zoroastriens (majdous) et les adeptes d’autres religions sont des kafir sans Livre. Les kafir avec Livre comme les kafir sans Livre sont tous destinés à l’Enfer.
Les mécréants parmi les gens du Livre – ahl al-kitab, c’est-à-dire les chrétiens et les juifs, sont tous voués à l’Enfer. Voici la traduction de quelques versets coraniques :
« Qu’ils soient parmi les ahl al-kitab [juifs et chrétiens] ou parmi les mushrik [associateurs], tous les kafir sont dans le feu de l’Enfer, où ils demeureront éternellement. Ce sont les pires des créatures. » [Sourate Al-Bayyina, verset 6]
« Ceux qui disent : “Allah est le Messie, fils de Marie” sont devenus kafir. Alors que le Messie avait dit : “Ô fils d’Israël, adorez Allah, mon Seigneur et votre Seigneur. Sachez qu’Allah rend le Paradis interdit à quiconque Lui associe un partenaire. Sa demeure sera alors le Feu, et pour les injustes il n’y aura aucun secoureur.” » [Sourate Al-Maïda, verset 72]
« Ceux qui traitent de mensonge Nos versets sont des **kafir** ; ils sont voués à l’Enfer et ils y demeureront éternellement. » [Sourate Al-Baqara, verset 39] (Tous ceux qui ne sont pas musulmans, en reniant les versets, deviennent **kafir**.)
Le shirk est-il un péché ou un kufr ?
Question : Nous, nous considérons le shirk comme quelque chose de distinct, et les grands péchés comme autre chose. Pourtant, dans le livre La moralité islamique, il est dit : « Après le shirk, c’est-à-dire le kufr, c’est-à-dire l’absence de foi, le plus grand péché est d’être dans une croyance d’innovation – bid‘a dans la croyance. »
Dans le livre Diya al Qulûb est rapporté le hadith suivant qui mentionne les sept grands péchés :
« 1. Le shirk, 2. Tuer une personne, 3. La sorcellerie, c’est-à-dire pratiquer la magie, 4. Manger le bien de l’orphelin, 5. Prendre et donner le ribâ (usure, intérêt), 6. Fuir le combat, 7. Porter des accusations mensongères contre des femmes chastes. » [Bukhari]
Pourquoi le shirk est-il mentionné comme un grand péché ?
Réponse : Le péché (ma‘siyya / dhamb) signifie se rebeller contre Allah ta‘ala, transgresser ce qu’Il a interdit. Parmi toutes ces interdictions, la plus grave est le shirk et le kufr.
C’est pour cela que le shirk (association) et le kufr (mécréance) sont parfois comptés parmi les grands péchés – kabâ’ir : cela veut dire que ce sont les plus grandes formes de désobéissance.
Le Prophète (sas) mentionne lui-même le shirk parmi les grands péchés. On comprend donc que parmi les haram, il y a aussi le shirk et le kufr.
Les signes de kufr
Question : Certaines personnes disent :
« Si l’on met une croix autour du cou, une ceinture zunnar autour la taille, puis qu’on fait une seule fois la prosternation – sujud ou qu’on accomplit la salat (prière) avec, alors la croix devient “musulmane”. Ensuite, il n’y a plus de problème à prier avec ces objets. Tous les autres signes de kufr seraient aussi comme cela. »
Cette idée provient-elle d’un excès d’amour pour le christianisme, d’un fanatisme aveugle ? La croix et le zunnar peuvent-ils “devenir musulmans” ?
Réponse : La croix et le zunnar sont des signes de kufr (marque de mécréance). Le fait de se prosterner avec, ou de les laver avec l’eau de Zamzam, ne les fait pas sortir de leur statut de signe de kufr. Utiliser cette croix (considérée comme une idole) ou les ceintures appelées zunnar portées par les prêtres, ainsi que les autres signes de kufr, pendant la salat, constitue du kufr également.
Adorer les idoles et le shirk
Question : Les mushrik (associateurs) savent eux aussi que les idoles ne sont pas créatrices ; ils font seulement de ces idoles un moyen de se rapprocher d’Allah ta‘ala. Eux deviennent mushrik pour cela ; alors pourquoi celui qui prend les awliyâ’ (saints) comme moyen de se rapprocher d’Allah ta‘ala ne serait-il pas, lui aussi, mushrik ?
Réponse : Il est très vilain d’assimiler les awliyâ’ kirâm (nobles saints) aux idoles. Les croyants – mu’minûn ne vouent pas un culte aux anbiyâ (prophètes) et aux awliyâ’ (saints), et ils savent bien que ceux-ci ne sont pas des associés (shurakâ’) d’Allah ta‘ala.
Ils croient que les anbiyâ et les awliyâ’ sont des serviteurs aimés d’Allah ta‘ala, et qu’Allah ta‘ala, par la baraka (bénédiction) de ces serviteurs qu’Il aime, fera miséricorde aux autres serviteurs. Ils disent :
« Celui qui crée le mal comme le bien, le tort comme le profit, c’est seul Allah ta‘ala. Lui seul a le droit d’être adoré. Il fait miséricorde à Ses serviteurs par la baraka de ceux qu’Il aime. »
Les mushrik, eux, bien qu’ils affirment aussi que leurs idoles ne sont pas créatrices, croient en revanche que ces idoles ont un droit à être adorées, et c’est pour cela qu’ils les adorent. Ils deviennent mushrik parce qu’ils disent :
« Les idoles ont le droit d’être l’objet d’adoration. »
Ce n’est donc pas le fait de dire :
« Nous voulons qu’elles intercèdent pour nous – que nous obtenions leur shafa‘a (intercession) » qui fait d’eux des mushrik.
Attendre l’intercession – shafa‘a des idoles est certes une croyance batil (fausse, corrompue). Même si cette croyance est invalide et illicite, elle n’est pas, en soi, du shirk. Adorer les idoles, par contre, est du shirk. (Les connaissances utiles)
La croix ne devient pas musulmane
Question : On dit : « Si l’on fixe une croix sur un turban, une calotte ou un chapeau et que l’on prie avec, la croix est alors allée en prosternation, elle est donc devenue “musulmane”. À partir de là, il n’y a plus de problème à prier avec une telle croix devenue musulmane. »
Comment une chose inanimée pourrait-elle devenir musulmane ?
Réponse : Leur but est de présenter la croix, symbole du christianisme, comme un symbole légitime (acceptable religieusement). C’est là un stratagème d’agents locaux. La croix que l’on emmène en prosternation ne devient pas musulmane. Dire :
« Comme elle a été en prosternation, elle est devenue musulmane »
revient à dire :
« Si l’on fabrique une calotte avec de la peau de porc, puis qu’on se prosterne avec, la peau de porc devient pure. »
C’est une parole très fausse et très laide.
À l’inverse, si un prêtre mettait une calotte et allait à l’église avec, puis plongeait cette calotte dans l’eau mêlée de vin utilisée pour le baptême, la calotte deviendrait-elle pour autant chrétienne ? Est-ce que les musulmans ne pourraient alors plus porter de calotte sous prétexte qu’un prêtre en a porté une à l’église ? Il ne faut pas se laisser prendre au jeu de ces agents chrétiens qui se présentent comme musulmans.
Question : Si des gens ne se conforment pas aux ordres de l’Islam – ahkâm al-Islâm, mais les modifient et les appliquent selon leurs propres idées, perdent-ils leur foi – îmân ?
Réponse : Celui qui a la foi – îmân et qui se conforme aux règles de l’Islam – ahkâm al-Islâm est musulman. Ceux qui, au contraire, veulent adapter les règles de l’Islam à leurs propres désirs et caprices – hawâ an-nafs, ne sont pas musulmans.
Car Allahü teâlâ a envoyé les religions – dîn pour briser les passions du nafs, ses désirs et ses débordements, et pour en empêcher les excès.
Accepter seulement une partie de l’Islam
Question : Il y a des gens qui ne croient pas à la religion, ni à l’Islam, mais qui acceptent la belle morale – husn al-akhlaq enseignée par l’Islam. En acceptant ainsi une partie de l’Islam, deviennent-ils croyants et musulmans ?
Réponse : L’Islam est un tout. Parmi ce qu’il faut croire, ce qu’il est ordonné de faire et ce qu’il est interdit de faire, le fait d’en renier ne serait-ce qu’un seul, de ne pas l’accepter, fait perdre l’îmân. Par conséquent, ceux qui n’acceptent qu’une partie de l’Islam n’ont aucun lien réel avec l’Islam. Les ennemis de l’Islam qui disent : « Nous faisons des réformes dans la religion – islâh ad-dîn », ne croient pas que l’Islam soit une religion révélée par Allahu teâlâ par l’intermédiaire du Prophète.
Pourtant, ils disent :
« La religion est nécessaire pour obtenir une belle morale, de bonnes relations entre les gens et pour réussir dans les affaires de ce bas-monde. »
En résumé, ils disent :
« Il faut croire à la religion pour ce bas-monde. »
Ils prétendent que, même si la religion n’est pas vraie en soi, il faut y croire pour devenir quelqu’un de bien, pour obtenir des avantages sociaux. Ils vont même jusqu’à dire :
« Cette croyance, même si elle est en réalité “simulée”, comme si elle était vraie, doit être adoptée, car ses bénéfices sont grands. »
Ils agissent ainsi parce qu’ils ont vu que les Européens et les Américains montrent beaucoup de respect à leur religion. Quoi qu’il en soit, même les ennemis de l’Islam se trouvent contraints de reconnaître que la religion est nécessaire. Car une force qui attire les gens, les lie par son ascendant moral et les oblige à organiser leur vie, reste faible tant qu’elle n’est pas sacralisée, et tant que ce caractère sacré n’est pas diffusé largement.
Question : Si le cœur de quelqu’un est rempli de îmân (foi), mais qu’il prononce ou fait quelque chose qui fait sortir de l’Islam, sa foi disparaît-elle malgré tout ?
Réponse : Dans les livres de ‘aqîda (croyance) et de fiqh (jurisprudence), par exemple dans le livre Durrar, il est dit :
« Si une personne, alors même que son cœur est rempli de îmân (foi), prononce volontairement, sans situation de nécessité, une parole qui mène au kufr (mécréance), ou fait un acte qui annule la foi, son îmân disparaît et elle devient kâfir (mécréante). La foi présente dans son cœur ne lui est d’aucune utilité. Car on juge qu’une personne est kâfir d’après ce qu’elle dit. Quand elle prononce une parole qui mène au kufr, elle devient kâfir, aussi bien auprès des gens qu’auprès d’Allahü teâlâ. »
Aucun être créé ne possède les attributs de divinité
Question : Qu’est-ce que le shirk ? Le simple fait de respecter ou d’honorer la photo d’une personne est-ce aussi du shirk ?
Réponse : Il existe plusieurs formes de kufr (mécréance / négation). La plus grave et la pire de toutes est le shirk. Lorsqu’on veut désigner toutes les formes d’un mal, il arrive qu’on mentionne seulement la plus grave. C’est pour cela que, dans de nombreux versets et hadiths, le mot shirk est employé avec le sens de tout type de kufr ou de négation.
Le shirk consiste à associer un être à Allahu teâlâ, à Le ressembler ou Le faire ressembler à d’autres. Celui qui fait cette assimilation est appelé mushrik et la chose (ou la personne) à laquelle on assimile Allahu teâlâ est appelée sharîk (associé). Croire qu’en quelqu’un ou en quelque chose se trouve l’un des attributs de divinité revient à en faire un sharîk. Les attributs qui appartiennent exclusivement à Allahu teâlâ sont appelés sifât al-ulûhiyya (attributs de divinité) :
- exister sans début ni fin,
- créer,
- tout connaître,
- donner la guérison aux malades, etc.
Croire qu’un homme, le soleil ou n’importe quelle créature – makhluq possède l’un de ces attributs de divinité, et ensuite lui témoigner une vénération particulière, lui montrer du respect, l’implorer, l’adorer, c’est ce qu’on appelle ‘ibâda (adoration), et c’est du shirk. Ces choses deviennent alors des idoles.
Devant les statues, les photos ou les tombes de personnes à qui l’on attribue à tort un attribut de divinité, dire ou faire des choses qui expriment une vénération de ce type est aussi considéré comme une ‘ibâda, et donc comme du shirk.
En revanche, si l’on ne croit pas que cette personne possède un attribut de divinité, mais seulement qu’elle est un serviteur aimé d’Allahu teâlâ, ou qu’elle a rendu service à la patrie ou à la nation, alors lui témoigner du respect par sa photo ou sa statue n’est pas du shirk.
Cependant, comme il est haram de montrer de la vénération à l’image de n’importe quel être humain, celui qui le fait devient un fâsiq (pécheur ouvertement désobéissant), même si ce n’est pas du shirk.
L’obstination et la persistance dans le refus
Question : Dans les livres de religion, on rencontre l’expression « al-kufr al-inâdî ». Que signifie-t-elle ?
Réponse : On appelle kufr inadi (mécréance obstinée) le fait de préférer être kâfir (mécréant) en sachant que c’est du kufr (mécréance), mais en refusant par obstination et par entêtement.
Cet état naît, par exemple, de :
- l’orgueil – kibr,
- l’amour des biens, des plaisirs, du rang, du statut,
- ou la peur d’être critiqué ou blâmé.
La mécréance et le refus de Fir‘awn (Pharaon) et de ceux qui étaient avec lui étaient de ce type.
Même après avoir vu les miracles de Mûsa ‘alayhi-s-salâm, ils n’ont pas cru. Ils ont dit :
« Nous ne croirons pas en un humain comme nous. »
Ils n’ont pas accepté qu’un Prophète – nabî puisse être un homme comme eux ; ils pensaient qu’un prophète devait être un ange.
Pourtant, ils ont accepté un homme comme eux, Fir‘awn, comme divinité, et lui ont rendu un culte.
De même, l’empereur byzantin Héraclius n’a pas cru par crainte de perdre son trône et sa royauté. Pour ne pas risquer son pouvoir, il a préféré le kufr et le déni à l’îmân (foi).
La mécréance par ignorance (al-kufr al-jahlî)
Question : Dans les livres de religion, on rencontre aussi l’expression « al-kufr al-jahlî ». Que signifie-t-elle, et pour qui est-elle employée ?
Réponse : On appelle kufr jahli (mécréance par ignorance) le fait de devenir kâfir, de renier, à cause de l’ignorance d’une chose que tout le monde sait être du kufr, parce qu’on ne l’a pas écoutée, pas apprise, pas réfléchie, alors que c’est connu.
Ces personnes savent qu’elles sont ignorantes, mais ne veulent pas apprendre.
De telles gens sont comparés aux animaux, car ce qui distingue l’être humain de l’animal, c’est :
- l’‘ilm (science),
- et l’idrak (compréhension, faculté de comprendre).
À cause de cet état, ils deviennent même plus bas que les animaux. En effet, les animaux sont avancés dans ce pour quoi ils ont été créés :
- ils comprennent ce qui leur est utile et s’en approchent,
- ils comprennent ce qui leur est nuisible et s’en éloignent.
Eux, au contraire, sachant qu’ils ne savent pas, ne cherchent pas à sortir de cet état mauvais, ne s’approchent pas de la science, de l’apprentissage, de la compréhension ; ils refusent d’y venir.
Question : Dans les versets (âyât) et les hadiths, le mot shirk signifie-t-il toutes les formes de kufr (mécréance, négation) ?
Réponse : Il existe différentes formes de kufr (mécréance / négation). La plus grave et la pire de toutes est le shirk. Lorsqu’on veut désigner toutes les formes d’un mal, on mentionne souvent la plus grave. C’est pour cela que, dans les versets coraniques et les hadiths prophétiques, le mot shirk est souvent employé avec le sens de tout type de kufr.
Dans la sourate An-Nisâ, aux versets 48 et 116, il est indiqué que le mushrik (associateur) ne sera jamais pardonné.
Honorer les images et statues d’êtres humains
Question : Le fait d’honorer, de respecter les images ou statues d’êtres humains ou d’animaux peut-il faire perdre la foi (îmân) ?
Réponse : Honorer, vénérer (tazîm) l’image ou la statue d’un être humain, lui donner de l’importance ; la placer en hauteur, se tenir debout devant elle, s’incliner, se prosterner, dire des paroles d’éloge exagéré, supplier devant elle, tout cela constitue une attitude de vénération.
Cette vénération peut venir de deux causes :
1. Vénération sans croire à un attribut de divinité
Si l’on respecte cette image ou cette statue parce qu’elle représente, par exemple,
- son enseignant,
- son père,
- un supérieur,
- un prophète (nabî),
- un wali (ami d’Allah, saint),
- ou une personne qui a rendu service à la religion et à la nation,
tout en ne croyant pas que cette personne possède un des attributs de divinité – sifât al-ulûhiyya (attribués uniquement à Allahü teâlâ), mais en la considérant comme une créature – makhlûq, créée, et que l’on agit ainsi simplement pour exprimer son amour, manifester son respect, ou par imitation des autres, alors celui qui agit de la sorte ne devient pas kâfir. Cependant, il commet un haram (interdit).
Et si quelqu’un ne croit pas que cela est haram, alors son îmân (foi) disparaît.
2. Vénération en attribuant un attribut de divinité
Si l’on pense que le détenteur de cette image ou statue, ou que la croix – salîb, ou qu’un astre, le soleil, la vache, ou n’importe quoi d’autre, possède un attribut de divinité – sifât al-ulûhiyya, par exemple :
« Il crée ce qu’il veut », « Il réalise tout ce qu’il veut », « Il guérit les malades »,
et qu’on le vénère avec cette croyance, alors cela est du kufr et du shirk. Cette personne devient mushrik (associatrice). Sa vénération devient une ‘ibâda (adoration), donc un culte. Ces images, ces statues ou ces choses prennent alors le statut de sanam (idole). Les chrétiens, par exemple, deviennent mushrik parce qu’ils disent, à propos de ‘Îsâ ‘alayhi-s-salâm (Jésus) :
« Il est le fils d’Allah »,
ou à propos des anges :
« Ce sont les filles d’Allah »,
et qu’ils vénèrent des images et statues d’hommes et de femmes dans cette croyance. Ceux qui appartiennent aux anciennes écoles comme celle de Barnabas ou Arius, et qui ne partagent pas ces croyances déviées, ne sont pas mushrik de ce point de vue : ce sont des ahl al-kitâb (gens du Livre). Cependant, comme ils ne croient pas en Muhammad ‘alayhi-s-salâm (le Prophète Muhammad), ils restent tout de même des kâfir (mécréants).
Question : Dans notre religion, le jugement est-il le même pour celui qui se prosterne devant des statues en pierre et pour celui qui se prosterne devant des images dessinées sur les murs ?
Réponse : À ce sujet, dans le commentaire Imdâd de Tahtâwî, il est dit :
La statue d’un être humain faite en bois, en or ou en argent s’appelle sanam (idole). La statue d’un être humain faite en pierre s’appelle wathan (idole de pierre). Les images de choses animées ou inanimées faites sur un tissu, un mur ou sur d’autres supports s’appellent sûra ou taswîr (image, représentation). Les images représentant uniquement des êtres vivants s’appellent timthâl (effigie). Adorer un sanam, un wathan, une sûra ou un timthâl, en croyant qu’ils peuvent apporter profit ou préjudice, fait partie des formes de shirk (association). Ceux qui adorent ainsi sont appelés adorateurs d’idoles et mushrik (associateurs).
Le musulman qui sort de l’Islam
Question : Comment appelle-t-on celui qui, étant musulman, quitte l’Islam, et les récompenses de ses adorations faites lorsqu’il était musulman disparaissent-elles ? Que doit-il faire pour se repentir ?
Réponse : Si un musulman prononce ou accomplit volontairement (par choix), une chose que les savants ont indiqué, à l’unanimité, comme cause de la disparition de l’îmân (foi), alors son îmân disparaît et il devient kafir (mécréant). On l’appelle murtadd (apostât). Les adorations – ‘ibâdât et les récompenses – thawâb qu’il avait avant de devenir murtadd sont annulées.
S’il revient de nouveau à la foi, et s’il est riche, il lui est obligatoire d’accomplir encore une fois le hajj. Il n’est pas tenu de refaire (qadâ’) les prières – salât, les jeûnes – sawm ou la zakât qu’il avait accomplis avant de devenir murtadd. En revanche, il doit rattraper ce qu’il avait laissé en retard (prières, jeûnes, etc.) avant d’être murtadd. Car, en devenant murtadd, ses péchés antérieurs ne disparaissent pas.
Le nikâh (contrat de mariage) de celui qui devient murtadd est annulé, rompu. S’il revient à la foi, alors, tant qu’il n’a pas fait un tajdîd an-nikâh (renouvellement du mariage), les enfants (qui naissent après l’apostasie) sont considérés comme walad zinâ (enfants illégitimes). La bête qu’il abat est considérée comme une mayta (charogne), et on ne la mange pas.
Tant qu’il ne s’est pas repenti de la chose qui a causé la disparition de son îmân, le simple fait de prononcer la kalimat ash-shahâda (attestation de foi) ou d’accomplir la salât (prière) ne suffit pas à le rendre musulman. Le fait de nier (dire qu’il ne l’a pas fait) l’acte qui le rendait murtadd est aussi considéré comme une tawba (repentir). S’il meurt sans tawba, il subira un châtiment éternel dans le feu de Jahannam (Enfer).
C’est pourquoi il faut craindre très fortement le kufr (mécréance) et parler peu.
Dans un hadith, il est dit :
« Dites toujours des paroles bonnes et utiles, sinon taisez-vous ! »
Il doit être sérieux, ne pas être plaisantin ni joueur. Il ne doit pas faire des choses qui sont contraires à la religion (dîn), aux lois, à la raison et à l’humanité. Pour se protéger du kufr (mécréance), il doit beaucoup faire du‘a (invocation) à Allah ta‘ala.
Dans un hadith, il est dit :
« Gardez-vous du shirk. Le shirk est plus caché que le bruit des pas d’une fourmi. »
Dans ce hadith, le mot shirk signifie kufr (mécréance).
Quand on demanda : « Comment se protéger d’une chose aussi cachée ? », il fut répondu :
« Récitez cette du‘a : “Allahümme innâ ne'ûzü bike en-nüshrike bike shay’en na‘lemuhû ve nestagfirüke limâ lâ-na‘lemuhû.” (Ô Allah, nous cherchons refuge auprès de Toi contre le fait de T’associer quoi que ce soit en le sachant, et nous Te demandons pardon pour ce que nous ne savons pas.) »
On doit réciter souvent cette du‘a, le matin et le soir.
Question : Quelle est la raison, la sagesse du fait que le châtiment dans l’au-delà des négateurs (kuffâr) soit éternel ?
Réponse : Il a été rapporté, à l’unanimité, que les négateurs (kuffâr) subiront un châtiment éternel en Jahannam (l’Enfer) et n’entreront jamais au Paradis. Si un kafir vivait éternellement dans ce monde, il aurait l’intention de rester kafir éternellement. C’est pourquoi sa punition est elle aussi un châtiment éternel. Allah ta‘ala est le Khâliq (Créateur), Celui qui a créé toute chose, et le Mâlik (Propriétaire, Maître) de tout. Dans Son mulk (royaume, propriété), Il a le droit de faire ce qu’Il veut.
Personne n’a le droit de Lui dire :
« Pourquoi as-Tu fait cela ? »
Quand le propriétaire d’une chose dispose de cette chose comme il le veut, on n’appelle pas cela une injustice (zulm). Allah ta‘ala annonce dans le Qur’an al-karîm qu’Il n’est pas zâlim (injuste) et qu’Il ne lèse aucun de Ses créatures.
Question : Que signifie le mot zindik, pour qui est-il employé, et à qui donne-t-on ce nom ?
Réponse : On appelle zindik celui qui ne croit en aucune religion, mais qui se montre comme musulman tout en étant en réalité ennemi de l’Islam.
À ce sujet, dans Ibn ‘Âbidîn, il est dit :
« Ceux qui, tout en ne croyant à aucune religion, se montrent comme musulmans, et qui, en présentant des choses menant au kufr (mécréance) comme si c’étaient des éléments de l’Islam, cherchent à faire sortir les musulmans de la religion, sont des mécréants sournois, et on les appelle zindik. »
Question : Que signifie murtadd, et pour quelle raison un musulman devient-il murtadd ?
Réponse : Si un musulman prononce ou fait volontairement quelque chose qui a été indiqué, par l’unanimité des savants, comme cause de la disparition de l’îmân (foi), il devient kâfir (mécréant). Celui qui perd ainsi sa foi est appelé : murtadd (apostât).
Question : Les signes de kufr – küfür alametleri qui se répandent chez les musulmans cessent-ils d’être des signes de kufr pour devenir des coutumes islamiques ?
Réponse : Si les signes de kufr deviennent une coutume et se répandent parmi les musulmans, ils ne deviennent pas pour autant une coutume islamique. Ils ne cessent pas d’être des signes de kufr.