Qu’est-ce que le le droit d’autrui / le droit du serviteur ?

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1 déc. 2025
Mouaz Ibn Jebel
Writer

Cher frère / chère sœur,

Le droit d’autrui est une notion très vaste. Les atteintes portées au corps et aux biens d’une personne relèvent de ses droits matériels, tandis que les torts causés à son cœur et à son âme relèvent de ses droits spirituels.

La plus grande atteinte aux droits matériels d’un être humain est le meurtre. Mettre fin au droit de vivre d’une personne, rompre en un instant toutes ses relations avec cet univers, l’empêcher d’adorer son Seigneur, l’éloigner de la méditation sur les œuvres divines et de la gratitude pour les bienfaits du Tout-Miséricordieux : c’est un crime. C’est transpercer, avec une balle, ou trancher, avec un couteau, tous les tasbîh (glorifications) de près de soixante-dix trillions de cellules qui Le glorifient.

Nos savants du fiqh disent que le meurtre n’est licite que dans trois cas :

  • Revenir à la mécréance après avoir cru,
  • Commettre la fornication en étant marié,
  • Verser le sang d’une personne de façon injuste.

En dehors de ces cas, il n’est pas permis de mettre fin à la vie de quelqu’un.

 « Quiconque tue une personne sans que ce soit en représailles d’un meurtre ou pour corruption (grave) sur terre, c’est comme s’il avait tué l’humanité entière. » (Sourate al-Mâ’ida, 5/32)

Dans l’exégèse de ce verset, Oustad Bediüzzaman fait cette remarque frappante :

« La vie et le sang d’un seul innocent ne peuvent être sacrifiés, même pour l’ensemble de l’humanité. Tout comme, du point de vue de la Toute-Puissance, un seul être humain et l’humanité entière sont équivalents, de même, du point de vue de la Justice, ils ont la même valeur. » (Sünuhat)

Autrement dit, du point de vue de la puissance infinie d’Allah, il n’y a pas de différence entre créer un seul être humain et créer tous les êtres humains, et du point de vue de Sa miséricorde et de Sa justice infinies, il n’y a pas non plus de différence entre tuer un seul être humain et tuer l’humanité entière.

D’une manière ou d’une autre, lorsque l’homme piétine le droit d’autrui, il oublie que ces personnes sont des serviteurs d’Allah. Il ne réfléchit pas ainsi : « Si j’opprime un serviteur d’Allah, je m’expose à Sa colère. » C’est pour cela qu’il reçoit des avertissements divins.

Pour être l’interprète de ces avertissements empreints de miséricorde, le Messager d’Allah (paix et bénédictions sur lui) a lui aussi mis en garde sa communauté de nombreuses fois et de différentes manières.

Voici seulement trois exemples :

 « Craignez la prière (contre vous) de l’opprimé. Car il n’y a pas de voile entre sa supplication et Allah. » (Al-Bukhârî, Zakât 63, Jihâd 180, Mazâlim 30, 35, Maghâzî 60 ; Muslim, Îmân 31)

« Le véritable ruiné de ma communauté est celui qui viendra, au Jour de la Résurrection, avec (des actes comme) la prière et l’aumône. Mais, en même temps, viendront aussi ceux qu’il aura insultés, ceux qu’il aura frappés. On prendra alors de ses bonnes actions pour les donner à celui-ci, puis à celui-là. Et si ses bonnes actions s’épuisent avant que les droits dus ne soient entièrement rendus, on prélèvera alors sur les fautes de ces gens pour les lui charger. Ensuite, il sera jeté en Enfer. » (Muslim, Birr 59)

« Si, sans fuir, en espérant uniquement la récompense d’Allah et en faisant preuve de patience, tu tiens ferme face à l’ennemi et que tu es tué, cela expiera tous tes péchés, sauf tes dettes. C’est Gabriel qui me l’a annoncé. » (Muslim, Imâra 117)

De ce dernier hadith, nous recevons une leçon de vérité très importante : même le martyre n’efface pas le droit d’autrui.

Le croyant qui donne sa vie sur le chemin d’Allah voit certes la grande récompense de cet acte, mais il n’est pas délivré des dettes qu’il a envers les autres serviteurs. Car le pardon du droit d’autrui, le Très-Haut l’a laissé au bon vouloir de ce serviteur-là. De même, les péchés passés d’un croyant qui se repent sincèrement sont pardonnés, mais le droit du serviteur n’entre pas dans ce pardon.

« Pour ceux qui se repentent, il n’y a plus de poursuite concernant les droits d’Allah (huquq Allah). Ne subsiste que la plainte relative aux droits personnels. » (cf. La religion de la vérité, la langue du Coran)

Par exemple, une personne qui médit de quelqu’un ne peut se délivrer de la peine de ce péché tant qu’elle n’a pas obtenu le pardon de celui dont elle a médit.

Dans le Noble Coran, après de nombreux versets qui, à première vue, relèvent du droit d’autrui et fixent les principes de justice entre les hommes, viennent des avertissements divins de ce genre : « Voilà les limites d’Allah, ne les transgressez pas. » Ainsi, violer le droit d’autrui est considéré comme une transgression des limites d’Allah. Alors, vers qui se tournera pour demander de l’aide celui qui aura commis un tel crime ?

L’homme étant un serviteur d’Allah, le non-respect de ses droits entraîne aussi le châtiment divin, et à ce niveau, les deux types de droits se rejoignent.

Pourquoi ne pouvons-nous pas nous couper notre propre doigt, ni attenter à notre propre vie ? Parce que ni notre corps ni notre âme ne nous appartiennent. Nous n’avons pas le droit de détruire la maison, ni d’en chasser l’hôte. Et si nous le faisons ? Nous prétendons disposer de la création d’Allah en dehors de Son agrément.

Or, cela constitue à la fois une rébellion contre les droits d’Allah (huquq Allah) et une violation du droit d’autrui. Ainsi, par un seul et même acte, on porte atteinte aux deux catégories de droits à la fois.

Avec salutations et prières...

L'Oasis

3 déc. 2025
Mouaz Ibn Jebel
Writer
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