Quel est le statut (juridique) du vote aux élections ? À quoi devons-nous faire attention ?
Sommes-nous responsables (devant Allah) des votes que nous donnons lors des élections ? [...] Si le parti entreprend de mauvaises initiatives, serons-nous tenus pour responsables de cette situation ? Ou bien le mieux est-il de ne pas voter du tout ?
Cher frère / chère sœur,
Notre devoir est de voter pour des personnes dont nous pensons qu’elles ont une bonne intention et que, selon notre conviction, elles seront utiles au pays. Notre responsabilité s’arrête là. Ce qui est fait ensuite relève de la responsabilité de ceux qui ont été élus.
On a accordé au peuple la compétence d’élire ses dirigeants, justement parce que ce peuple ressent le besoin de critiquer ses gouvernants pendant cinq ans. Le peuple se rend alors aux urnes pour les choisir. En les choisissant, nous essayons de prendre les meilleurs possibles. Notre intention est qu’ils seront plus utiles à notre État. Si nous les élisions en nous disant : « Ceux-là sont des gens nuisibles », alors là, bien sûr, nous serions responsables. À partir de là, la suite des événements relève de la responsabilité des dirigeants.
Nous voyons que la religion islamique n’impose pas une forme unique de gouvernement. Elle a posé des principes de base : la justice, l’égalité, la liberté dans la mesure où elle ne mène pas au haram, etc. Pour cette raison, notre religion, qui ordonne même de désigner un chef lorsqu’on part en voyage, ne peut évidemment pas s’opposer au fait de choisir, par élection, les personnes qui vont diriger le pays et la nation.
D’un autre côté, les premiers califes sont eux aussi arrivés à la charge par une forme de choix / élection. Il est licite (halal) pour un musulman de voter pour des personnes dont il pense qu’elles serviront son pays, sa nation et ses valeurs sacrées. Il n’est même pas correct d’esquiver une telle responsabilité.
« Est-il approprié de faire de la politique à notre époque ? Si oui, dans quelles conditions doit-on la pratiquer ? »
On sait que, à notre époque, si l’on est convaincu qu’il est possible de servir la religion et la nation par la politique, et si l’on adopte vraiment cette intention, alors il n’y a aucun inconvénient à entrer en politique. Qu’une chose soit interdite (haram) en elle-même est une chose, et le fait de l’utiliser de manière interdite en est une autre.
L’ordinateur ou la télévision, par exemple, sont des outils ; ils ne peuvent pas être “haram” en eux-mêmes. Vous pouvez travailler dans une institution qui enseigne l’Islam et utiliser ces outils dans le bien. Mais si vous utilisez ces mêmes outils dans une institution qui égare les gens, alors là, c’est haram.
De même, la politique est un outil. Ce qui compte, ce n’est pas l’outil lui-même, mais où et comment on l’utilise.
Entrer en politique comporte certains avantages, certains inconvénients, et aussi des conditions. Essayons de les énumérer :
L’objectif de servir la religion et la nation doit être au premier plan.
On ne doit en aucun cas recourir au mensonge, quel qu’en soit le prix.
Si l’on entre en politique en tant que membre d’une communauté (jamâ‘a, tarîqa), il faut veiller à ne pas se brouiller ensuite avec sa propre communauté. Autrement dit, il faut entrer en politique en son propre nom, comme individu, et ceux qui l’aiment le soutiennent à titre personnel. Si l’on dit : « Puisque j’appartiens à telle communauté ou telle tarîqa, tout le monde est obligé de voter pour moi », cela provoquera des tensions. Il ne faut pas tomber dans ce genre de choses.
Il faut toujours se tenir du côté de celui qui a raison (du côté de la vérité).
Ne pas médire, critiquer injustement ni calomnier les personnes appartenant à un autre parti.
Si vous pensez que l’on dispose d’un environnement où l’on peut appliquer ces principes, ainsi que les autres prescriptions et interdictions de l’Islam, alors on peut entrer en politique et être utile à la nation et au pays. Cela aussi est une forme d’adoration (‘ibâda).
Mais si le milieu dans lequel on va essayer de servir est un environnement où votre servitude à Allah (‘ubûdiyya) risque de sérieusement se détériorer, et où il est facile de tomber dans les péchés, alors il faut y réfléchir très sérieusement…
Avec salutations et prières…
L'Oasis