Que faire lorsqu’on regrette véritablement ses péchés mais qu'on n’arrive pas à y renoncer ?
Cher frère,
L’être humain est un être capable de commettre des péchés. Il n’existe personne qui puisse dire : « Il m’est impossible de pécher. » Chaque personne, d’une manière ou d’une autre, plus ou moins, s’approche du gouffre du péché, et parfois même y tombe.
Le Prophète (que la paix et la bénédiction soient sur lui) a dit :
« Par Celui qui tient mon âme dans Sa main, si vous ne commettiez jamais de péché, Allah vous ferait tous disparaître, puis Il créerait un peuple qui commet des péchés, qui ensuite demande pardon, et Il leur pardonnerait. » (Mouslim, Tawba 9)
De même que le feu sépare l’or du cuivre, l’épreuve de la lutte de l’homme avec les péchés le fait progresser par le repentir et le rapproche d’Allah. Le Prophète (que la paix et la bénédiction soient sur lui) l’exprime ainsi :
« Tout fils d’Adam commet des fautes ; mais les meilleurs de ceux qui commettent des fautes sont ceux qui se repentent beaucoup. » (Tirmidhî, Qiyâma 49)
Dans le repentir, le fait de ressentir du regret est suffisant. Car ce regret le poussera à se préserver du péché et l’empêchera d’y retourner. Ces deux choses proviennent du repentir sincère. (Fath al-Bârî 13/471)
Abû Hurayra (qu’Allah soit satisfait de lui) raconte : « Le Messager d’Allah (paix et bénédiction sur lui) a dit de la part de son Seigneur :
« Un serviteur commet un péché et dit : “Ô mon Seigneur, pardonne mon péché !” Le Très-Haut dit alors : “Mon serviteur a commis un péché, puis il a su qu’il a un Seigneur qui pardonne les péchés ou qui châtie à cause du péché.” Ensuite, le serviteur retombe dans le péché et dit : “Ô mon Seigneur, pardonne mon péché !” Allah le Très-Haut dit : “Mon serviteur a commis un péché et il a su qu’il a un Seigneur qui pardonne le péché ou qui châtie à cause du péché.” Puis le serviteur retombe de nouveau dans le péché et dit : “Ô mon Seigneur, pardonne-moi !” Allah le Très-Haut dit alors : “Mon serviteur a commis un péché et il a su qu’il a un Seigneur qui pardonne le péché ou qui châtie à cause du péché. Ô Mon serviteur, fais ce que tu veux, Je t’ai pardonné.” » (Boukhârî, Tawhîd, 35)
Le grand savant du hadith, l’imam Nawawî, tire de ce hadith la règle suivante :
« Même si les péchés sont répétés cent fois, voire mille fois et plus, si la personne se repent à chaque fois, son repentir est accepté. Ou bien, même si elle ne fait qu’un seul repentir pour tous ses péchés, ce repentir est également valide. »
Dans de nombreux versets, il est indiqué que la prérogative du pardon appartient à Allah, qu’Il pardonne qui Il veut et qu’Il châtie qui Il veut, et l’on attire ainsi l’attention sur la balance entre la crainte (khawf) et l’espérance (rajâ’), l’équilibre entre peur et espoir.
Il est également dit :
« Ceux qui, lorsqu’ils commettent une turpitude ou se font du tort à eux-mêmes, se souviennent d’Allah et demandent aussitôt pardon pour leurs péchés – et qui donc pardonne les péchés sinon Allah ? – et qui ne persistent pas sciemment dans ce qu’ils ont fait. » (Âl 'Imrân, 3/135)
Oui, un croyant commet des péchés, et même de grands péchés, puis il s’en repent. Parfois, il rompt son repentir et refait le même péché, puis se repent de nouveau. C’est pourquoi, du fait que nous commettons des péchés, nous ne devons absolument pas tomber dans le désespoir. Nous devons faire souvent tawba (repentir) et nous ne devons pas oublier que notre Prophète, Muhammad (que la paix et la bénédiction soient sur lui), alors qu’il n’avait pas de péché, faisait plus de soixante-dix fois par jour istighfâr (demande de pardon). (Boukhârî, Da‘awât 3) Et nous ne devons pas oublier non plus que notre Seigneur Très-Haut nous appelle au repentir en dépit de tous nos péchés. (Tahrîm, 8)
Nous aussi, à l’exemple de notre Prophète, nous devons chaque jour faire fréquemment tawba et istighfâr, et toujours rester entre la crainte et l’espérance. Dans les moments où nous tombons dans le désespoir, nous devons nous rappeler les bonnes nouvelles données par Allah :
« Dis : “Ô Mes serviteurs qui avez commis des excès à votre propre détriment ! Ne désespérez pas de la miséricorde d’Allah. Certes, Allah pardonne tous les péchés. Oui, c’est Lui le Pardonneur, le Très Miséricordieux.” » (Az-Zoumar, 39/53)
Ainsi, c’est le Livre d’Allah, le Coran, qui nous appelle à nous libérer des péchés par le repentir. Tant qu’on se réfugie auprès d’Allah, qu’on reconnaît ses péchés et qu’on en est sincèrement repentant, le Coran nous annonce la bonne nouvelle qu’Allah pardonnera tous les péchés.
Il n’y a qu’un seul péché qu’Allah ne pardonne pas : c’est mourir mécréant en état de shirk (association) :
« Certes, Allah ne pardonne pas qu’on Lui donne des associés. En dehors de cela, Il pardonne à qui Il veut. » (An-Nisâ’, 4/48)
Le repentir (tawba) a plusieurs conditions :
Il faut d’abord éprouver du regret pour le péché commis.
Si, ensuite, à cause de son nafs, de Satan ou de l’influence de l’entourage, on retombe dans le péché, il faut de nouveau ressentir du regret et faire tawba–istighfâr (demande de pardon).
Il ne faut pas se dire : « Je commets le péché maintenant, puis je ferai tawba plus tard, de toute façon Allah pardonne. » Une telle manière de penser ne doit pas entrer dans son esprit.
Il doit toujours porter en lui un sentiment d’espoir et de crainte (entre rajâ’ et khawf).
Les explications de Bediüzzaman sur ce sujet, en résumé, sont les suivantes :
En ce siècle terrifiant, après la foi, le principe le plus important, c’est la piété (taqwâ) et l’adoration (‘ibâda). Dans un temps de corruption et de péchés comme celui-ci, la crainte d’Allah dans le cœur est la plus grande arme et le plus solide rempart contre les péchés.
C’est pourquoi, en ce temps de la fin où les péchés encerclent librement l’homme de toutes parts, celui qui accomplit les obligations (farâ’id) et s’abstient des interdits (harâm) sera sauvé.
De plus, en ce siècle terrifiant et dans ces conditions difficiles, une petite œuvre pieuse a la valeur de beaucoup. D’ailleurs, dans le fait de rester éloigné des péchés par crainte d’Allah, il y a déjà une forme d’œuvre pieuse. Car délaisser un péché est une obligation (farz). Et accomplir une obligation équivaut à beaucoup de sunna.
Surtout en un siècle où les péchés se ruent sur nous comme un torrent : rien qu’en se préservant des péchés, c’est-à-dire en manifestant un peu de volonté et en renonçant ainsi à des centaines de péchés, on accomplit en réalité des centaines d’obligations.
Puisque, dans la vie sociale actuelle, nous nous retrouvons à chaque minute face à des centaines de péchés, il est certain que, chaque instant où nous portons dans notre cœur la crainte d’Allah et le souci de nous préserver des péchés, nous frappons en même temps à la porte de centaines d’œuvres pieuses. (voir Nursî, Lettres de Kastamonu, p. 110)
Le plus grand rempart contre les péchés, c’est de faire tawba (repentir) et istighfâr (demande de pardon) et de renoncer aux péchés. À l’exception du fait d’associer à Allah (le shirk), le fait de commettre de grands péchés ne vient pas de l’absence de foi ; tant qu’on n’en nie pas le caractère péché, celui qui commet de grands péchés ne sort pas du cercle de la foi. (voir Bediüzzaman Said Nursî, Les Lueurs, p. 80)
Chaque péché contient un chemin qui mène au kufr (mécréance). Si le péché commis n’est pas rapidement détruit par l’istighfâr, il reste dans le cœur non pas comme un ver, mais comme un petit serpent spirituel qui le mord. En effet, lorsque le péché commence à s’incruster dans le cœur et qu’il n’est pas détruit par le repentir, il assombrit le cœur ; continuer à commettre des péchés sans crainte conduit à l’endurcissement du cœur et à la disparition de la lumière de la foi. (voir Bediüzzaman Said Nursî, Les Lueurs, p. 15)
En ce qui concerne le fait de préparer de l’alcool pour ton patron :
S’il n’y a pas de danger de mort en jeu, le principe est : « On n’obéit pas à une créature dans ce qui constitue une désobéissance à Allah. » Sinon, il n’y a pas d’excuse valable. C’est pourquoi l’un des points sensibles auxquels un musulman doit faire très attention, c’est la question de l’environnement.
L’être humain ne pouvant vivre seul, il doit se créer un bon entourage. Celui qui ne trouve pas le meilleur devra au moins chercher le moins mauvais.
Si l’on persévère dans un péché, cela montre que l’influence de l’entourage qui pousse à ce péché n’a pas été supprimée. Il faut donc d’abord travailler à une purification de l’environnement. Nous sommes obligés de fréquenter des serviteurs pieux (salih), et de nous tourner vers le licite (halal) dans tous les domaines : depuis la nourriture jusqu’à la préservation du regard.
Avec salutations et pirères...
L'Oasis