Est-ce suffisant de prononcer la profession de foi pour devenir musulman ?

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10 oct. 2025
Mouaz Ibn Jebel
Writer

Prononcer uniquement la profession de foi (chahada) ne suffit pas. Après avoir abandonné sa religion précédente jugée vaine, il faut croire aussi aux six articles énoncés dans l’Âmentü. Le premier article est la foi en Allah. Dire « Je crois en Allah » ne suffit pas : — Crois-tu au Créateur de toute chose, ou (qu’Allah nous en préserve) à une idole ignorante de tout ? Il faut connaître les attributs essentiels et positifs d’Allah, et croire en Lui avec ces attributs. De même, il faut croire aux anges et aux prophètes avec leurs attributs : par exemple, savoir que les anges n’ont ni masculinité ni féminité ; savoir des Prophètes qu’ils ne mentent pas et ne commettent pas de péché, etc. Il faut croire aux autres articles tels qu’ils ont été enseignés. S’il manque l’un de ces éléments, la foi n’est pas valide.

Après avoir cru à tous ces articles, il faut aussi remplir les conditions mentionnées dans le livre La morale islamique.

La chahâda a quatre conditions :

  1. La présence du cœur au moment de la prononcer : la réciter machinalement, sans savoir ce que l’on dit, n’est pas valide.

  2. En connaître le sens : si le cœur est présent mais qu’on ignore ce qu’on dit, ce n’est pas valide. Il faut savoir que l’on croit en Allah, l’unique, et en Mouhammad (aleyhisselâm) son Envoyé.

  3. La sincérité : même en comprenant le sens, si l’on prononce sans sincérité (par plaisanterie, par intérêt, ou sans y croire), ce n’est pas valide ; il faut la dire par vraie croyance.

  4. Le respect : si tout est réuni mais qu’on la prononce sans révérence, avec désinvolture ou moquerie, ce n’est pas valide.

Même si ces quatre conditions sont respectées, sans houbb-ou fillâh et bou'dou fillâh (aimer pour Allah et détester pour Allah), la foi n’est pas valide : ce que l’on aime et n’aime pas doit l’être pour Allah.

Le hadith l’explique :

« Celui qui aime pour Allah, déteste pour Allah, donne pour Allah et interdit pour Allah est véritablement croyant. » (Abou Dâwoud)

La chahâda comporte environ cent trente bienfaits.

Quatre choses l’annulent :

Shirk (association) : associer à Allah quoi que ce soit. Exemples : adorer une idole, une vache, une statue dite “de Jésus”, imiter les rites des mécréants avec intention cultuelle, demander guérison au prêtre au lieu d’Allah, croire à un autre créateur qu’Allah.

Le doute : hésiter entre l’existence et la non-existence d’Allah, ne pas savoir quoi répondre, douter. La chahâda ne profite pas à celui qui est dans le doute.

Tachbîh (anthropomorphisme) : assimiler Allah à une créature. Les partisans de cette doctrine (Mouchèbbiha / Moujassima) sont mécréants : ils prêtent à Allah un corps et des membres (main, visage, etc.), en interprétant mal les versets ambigus.

« Rien ne Lui ressemble ; Il ne ressemble à rien. » (Ach-Shûrâ, 11)

Leur chahâda n’a aucune valeur.

Déisme/nihilisation : C’est la croyance d’une doctrine philosophique qui affirme : “Allah n’intervient pas dans le monde ; toute chose se produit d’elle-même quand son heure arrive.” Selon ces philosophes, — qu’Allah nous en préserve — Allah le Très-Haut serait comme un robot, n’intervenant en rien, sans ordres ni interdictions. C’est une autre manière de dire qu’il n’y a pas de divinité. Or, Allah le Très-Haut n’a pas laissé l’univers et les hommes livrés à eux-mêmes. La traduction d’un verset coranique est la suivante :

« Pensiez-vous que Nous vous avons créés en vain ? » (Al-Mu’minûn, 115)

Quand l’enfant devient pubère

Question : Si l’enfant d’un musulman atteint la puberté sans connaître les conditions de la foi et de l’Islam, et sans professer sa croyance, sort-il de l’Islam ?

Réponse : Quand ils sont petits, les enfants suivent la religion de leur père et de leur mère. Lorsqu’ils atteignent la puberté, ils ne restent pas musulmans du seul fait de leur attachement à leurs parents. C’est pourquoi les parents, lorsque leurs enfants parviennent à la puberté, doivent leur exposer les conditions de la foi et les enseignements de l’Islam afin qu’ils croient par eux-mêmes ; autrement, ils deviennent apostats (mourtadd).

À ce sujet, il est dit dans Ibn ‘Âbidîn :

« Quand une fille est petite, elle est musulmane par rattachement à sa mère et à son père. Lorsqu’elle devient baligha (pubère), ce rattachement à la religion des parents ne perdure plus. Si elle atteint la puberté sans connaître l’Islam, elle devient apostate. Tant qu’elle n’a pas appris les six choses auxquelles il faut croire et qu’elle n’a pas cru qu’il est nécessaire de se conformer à l’Islam, même si elle prononce la parole d’unicité, c’est-à-dire Lâ ilâhe illallâh, Muhammadun rasûlullah, son islam ne se maintient pas. Elle doit apprendre les six articles contenus dans Âmentü billâhi…, y croire, et dire : “J’accepte les ordres et les interdictions d’Allah le Très-Haut.” »

Il ressort de la parole d’Ibn ‘Âbidîn qu’un mécréant, lorsqu’il prononce la kalima et croit sommairement à son sens, devient musulman sur-le-champ. Cependant, comme tout musulman, dès qu’il en a la possibilité, il doit mémoriser les principes de l’Âmentü — « Âméntou billâhi wé Mélâikétihi wé Kütübihi wé Rüsülihi wel Yewmil-âkhiri ve bil-Kaderi khayrihi ve chèrrihi minallâhi teâlâ wél-ba‘sou ba‘del-mewti hakkoun, ech-hédou èn lâ ilâhe illallah wé ech-hédou enne Mouhammedèn abdouhou wè rasoûloühoü » —, en comprendre le sens et apprendre soigneusement les connaissances d’Islam qui lui sont nécessaires.

De même, l’enfant de musulman qui, devenu sain d’esprit et pubère, n’apprend pas ces six points ni les connaissances de l’Islam et n’exprime pas sa croyance, devient apostat. Après avoir cru, il lui est immédiatement obligatoire d’apprendre les règles de l’Islam : les obligations (farâ’id) et interdits (harâm), les ablutions (woudû’), le grand bain rituel (ghousl), la prière (salât), et l’obligation de couvrir la ‘awra.

La personne à qui il s’adresse a l’obligation de lui enseigner, ou de lui indiquer un livre religieux authentique ; cela est obligatoire pour elle également. S’il ne trouve personne ni ouvrage, il a l’obligation de chercher ; s’il ne cherche pas, il devient mécréant. Jusqu’à ce qu’il trouve, le fait de ne pas savoir est excusé. Quant à ceux qui ne s’acquittent pas des obligations à leur temps et commettent des interdits, ils subiront un châtiment en Enfer.

10 oct. 2025
Mouaz Ibn Jebel
Writer
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