Combien de catégories l’îmân comporte-t-il ?
Question : Combien de catégories l’îmân comporte-t-il ?
RÉPONSE : Bien que la foi (îmân) soit un tout, elle se divise — du point de vue de sa force — en trois catégories :
On appelle foi d’imitation la foi de celui qui ne connaît pas les prescriptions de la religion et qui croit et pratique comme il l’a vu faire à ses parents. On craint pour une telle personne la perte de sa foi.
On appelle foi déductive — c’est-à-dire acquise par les preuves et la compréhension — la foi de ceux qui apprennent les statuts religieux (fard, wâjib, sunna, mustahab, mubâh, harâm, makrûh, mufsid) et qui agissent en conséquence. La foi de ces personnes est solide.
C’est la foi des gnoses (‘ârif). Même si tous devenaient impies, aucun doute n’entrerait dans son cœur. Sa foi ressemble à la foi des prophètes ; on l’appelle la foi véritable.
On ne vérifie pas — c’est-à-dire qu’on n’examine pas par enquête — si la foi transmise par le Prophète est “vraie”. La foi consiste à attester et à croire, sans enquête préalable ni recours à la raison, à l’expérience ou à la philosophie, à ce que Muhammad — sur lui la paix — a communiqué en tant que Prophète. Si l’on atteste parce que cela concorde avec la raison, c’est en réalité la raison que l’on atteste, non l’Envoyé ; ou bien on atteste à la fois l’Envoyé et la raison, et alors la confiance envers le Prophète n’est plus totale. Or sans confiance totale, il n’y a pas foi. Car la foi n’est pas divisible.
Le rang de la prophétie est au-dessus de la raison. Chercher à conformer les paroles du Prophète à la raison revient à ne pas croire à la prophétie, à ne pas lui faire confiance. S’agissant des réalités de l’au-delà et des fondements de la foi, il faut suivre le Prophète sans consulter la raison.
Dans le tasawwuf, celui qui ne s’élève pas au degré de fanâ [c’est-à-dire qui n’est pas un saint, walî] ne peut parvenir à la foi véritable. [Fanâ : oublier tout ce qui n’est pas Allah et ôter de son cœur l’amour du monde.]
Muhammad Ma‘sûm — qu’Allah l’agrée — dit : « Il y a deux manières de connaître Allah, le Très-Haut :
- Telle que l’exposent les savants de l’Ahl as-Sunna ;
- Telle que la conçoivent les grands maîtres du tasawwuf. »
Dans la première forme de foi, le nafs n’a pas renoncé à sa rébellion : la foi n’est pas réelle mais métaphorique ; elle peut disparaître. Dans la seconde, le nafs a lui aussi cru, de sorte que la foi est à l’abri de l’extinction. Le hadith « Ô mon Seigneur, je Te demande une foi dont l’issue ne soit pas l’incroyance » et le verset 136 de la sourate an-Nisâ’ — « Ô vous qui avez cru, croyez » — indiquent également la foi véritable. Ce verset signifie : « Parvenez à la foi authentique. »
Bien qu’il eût atteint un très haut degré en science et en ijtihâd, l**’imâm Ahmad** assista aux entretiens des saints tels que Bishr al-Hâfî [et Dhû’n-Nûn al-Misrî] afin d’accéder à la foi véritable.
L’imâm al-A'zam (Abû Hanîfa), après avoir fréquenté, dans les dernières années de sa vie, les assemblées de Ja'far as-Sâdiq, a dit : “Sans ces deux années, Nu'mân aurait péri”, c’est-à-dire : “Je n’aurais pas atteint la foi véritable.” Bien que tous deux fussent parvenus à un degré très élevé en science et en adoration, ils obtinrent, en tenant compagnie aux grands maîtres du tasawwuf, la gnose (ma'rifa) et son fruit qu’est la foi authentique. [C.2, m.106]
Senaullah ad-Dihlawî — qu’Allah l’agrée — dit : « Celui qui atteint, dans le tasawwuf, le degré de fanâ meurt assurément dans la foi. Le verset 143 de la sourate al-Baqara — “Allah, le Très-Haut, ne laissera pas se perdre votre foi” — et le hadith : “Allah ne reprend pas la foi de Ses serviteurs ; Il reprend la science en faisant disparaître les savants” montrent que la foi véritable et la science intérieure ne sont pas retirées. » [Irshâd at-Tâlibîn]
La foi par imitation
Question : Est-il permis de suivre un savant — ou réputé tel — dont on ignore s’il appartient à l’Ahl as-Sunna ?
RÉPONSE : Il n’est pas permis de suivre quelqu’un — présenté comme savant — dont on n’a pas établi qu’il est des gens de la Sunna (Ahl as-Sunna), en se laissant séduire par des louanges, des écrits, ou une propagande brillante et enflammée. Sans s’enquérir auprès de personnes fiables et sans être certain de sa droiture, le suivre dans la croyance, dans les paroles ou dans les actes d’adoration peut mener l’homme à la perdition.
Pour devenir musulman — c’est-à-dire pour comprendre l’existence d’Allah Très-Haut, Son unicité, Sa puissance et Ses attributs — on n’a en réalité besoin d’imiter personne. Une personne sensée, qui a bien appris les sciences, comprend, par la seule réflexion, qu’Il existe. Celui qui, par ce chemin, saisit l’existence d’Allah et accepte l’islam par la suite, parvient à la foi reconnue par notre religion. Ne pas reconnaître, en voyant l’œuvre, l’existence de l’Auteur — c’est-à-dire de Celui qui l’a faite — serait de la sottise. Que chacun, en réfléchissant ainsi, croie en Allah, c’est l’ordre de notre religion. Et celui qui croit en Allah doit ensuite trouver la vraie religion, l’islam. Dire : « Je crois en Allah » sans croire à la vraie religion n’est pas la foi. Celui qui ne croit pas à la religion communiquée par Allah, de la manière qu’Il a indiquée, peut-on vraiment le considérer comme croyant en Allah ?
En matière de croyance (‘aqîda), il est permis de croire par imitation, en se fiant à ce qu’on a entendu ; toutefois, faute d’avoir réfléchi et déduit — c’est-à-dire d’avoir examiné et recherché — on commet un péché. Dans la pratique (les actes d’adoration), il est, d’un commun accord des savants, permis de suivre sans enquête préalable l’un des imams d’une école juridique (madhhab). (Hadîka)
Bien que la foi de celui qui, en imitant ses parents et ses maîtres, parvient à la croyance correcte soit valide, il a péché pour avoir délaissé la réflexion (nazar) et la déduction (istidlâl) — c’est-à-dire pour n’avoir pas appris, ne fût-ce que sommairement, les sciences et pour ne pas avoir médité sur l’existence d’Allah, le Très-Haut. Il est toutefois des savants qui affirment que celui qui n’a pas étudié les sciences, mais qui a cru en apprenant de ses parents et des livres, en acceptant par la réflexion et en usant de sa raison, n’est pas considéré comme ayant délaissé l’istidlâl.
Après avoir demandé et appris les choses auxquelles il faut croire, la foi ne naît pas aussitôt pour qu’on parle d’imitation. Après avoir appris, on réfléchit, on approuve et on accepte ; ensuite seulement la foi advient. Voilà la foi que l’islam demande. Si, après avoir appris, on croit sans réfléchir, sans approuver, sans discernement, c’est une foi d’imitation, sans preuve. Le fait que les mécréants deviennent mécréants en suivant leurs parents est de cet ordre. La foi voulue par l’islam est celle qui procède du discernement (iz'ân), de la preuve et d’une décision personnelle. L’incrédulité des mécréants ne naît pas d’eux-mêmes : ils la reçoivent de leurs parents et se l’approprient.
Il n’y a pas de place pour l’imitation en matière de foi. En revanche, dans les actes d’adoration, l’imitation — instituée par l’ordre d’Allah, Très-Haut — fait que ceux qui enseignent comme ceux qui apprennent accéderont au Paradis.
Croire de tout son cœur à tout ce que le Prophète — qu’Allah le bénisse et le salue — a transmis de la part d’Allah Très-Haut, et le professer avec la langue, s’appelle la foi (îmân). Le siège de la foi est le cœur. Le cœur est une faculté située dans la chair que nous appelons « cœur/poitrine » ; on l’appelle aussi le for intérieur.
S’il existe un empêchement à professer la foi avec la langue, l’omission est excusée : par exemple en cas de contrainte, de mutisme, ou si l’on meurt sans avoir eu le temps de l’énoncer — alors il n’est pas requis de la dire.
Croire par imitation, sans comprendre, constitue tout de même la foi. Ne pas réfléchir à l’existence d’Allah Très-Haut, ne pas y penser, est péché. Ne pas croire à l’un des éléments transmis revient à ne croire à aucun d’eux. Même sans connaître chaque point en détail, dire : « Je crois à tout ce qui a été communiqué » est également foi.
La foi par déduction (istidlâl)
Question : La foi obtenue par déduction — c’est-à-dire par la raison — n’est-elle pas supérieure à la foi obtenue par imitation, en suivant autrui ?
RÉPONSE : L’imam Rabbânî dit : « La foi obtenue en imitant les Prophètes est en réalité une foi par déduction. Car celui qui les imite ainsi a compris par sa raison et sa réflexion que tout ce qu’annoncent les Prophètes est vrai. En effet, du fait qu’Allah Très-Haut accorde des miracles à quelqu’un pour attester sa véracité, on comprend que cette personne est forcément véridique.
Ce qui rend sans valeur l’îmân né du suivisme (taqlîd), c’est de croire parce qu’on l’a vu chez ses pères : croire sans réfléchir que les Prophètes disent vrai et que tout ce qu’ils transmettent est vrai, uniquement parce qu’on l’a vu chez ses parents. Une telle foi d’imitation est, selon la plupart des savants, sans valeur.
Quant à la foi obtenue par la logique, la raison et la réflexion : on peut, par cette voie, parvenir à la foi que la religion enseigne. Mais très peu y parviennent ainsi. Malheur à ceux qui cherchent à obtenir la foi uniquement par l’istidlâl, sans s’appuyer sur l’imitation des Prophètes !
Allah Très-Haut nous montre la manière d’obtenir la foi. Dans la sourate Âl-‘Imrân, verset 53, Il dit : “Seigneur ! Nous avons cru à ce que Tu as fait descendre et nous avons suivi le Messager.” » (1/272)
Se libérer du simple « suivisme » (taqlid)
Question : Que faut-il savoir pour échapper au suivisme en matière de foi ?
Réponse : Voir, entendre et apprendre l’harmonie qui règne dans la terre, le ciel, les êtres vivants et jusque dans nos propres organes, puis réfléchir à l’existence de l’Être qui en est l’Auteur — cela fait sortir du suivisme. Nous ne sommes pas muqallid en matière de foi ; nous le sommes dans la pratique (les actes).